Série/ The Knick (saison 1): critique

Publié par Guillaume Ménard le 30 octobre 2014

Synopsis : Le staff de l’hôpital Knickerbocker de New York, des chirurgiens aux infirmières, doit repousser les limites de la médecine au début du 20ème siècle, à une époque où le taux de mortalité a soudainement augmenté et où les antibiotiques n’existent pas encore…

 

♥♥♥♥♥

 

The Knick - affiche

The Knick – affiche

Depuis maintenant quelques années, la télévision attire de grands noms de metteurs en scène comme Martin Scorsese (Boardwalk Empire), James Gray (The Red Road) ou encore David Fincher (House Of Cards). C’est au tour de Steven Soderbergh de passer au format télévisuel avec The Knick. Bien que le réalisateur de Sexe, Mensonges et Vidéo a déjà fait l’expérience du petit écran avec MA VIE AVEC LIBERACE (notre critique), il signe ici la totalité des épisodes pour cette série diffusée sur Cinemax, chaîne du groupe HBO. The Knick, au nom raccourci désignant l’hôpital The Knickerboxer, prend place dans le New York de 1900, et suit les avancées de la médecine en ce début de siècle par l’intermédiaire du docteur John Thackery, habité par un Clive Owen magistral. La série s’ouvre sur une photographie très sombre qui nous laisse découvrir le docteur dans une calèche en route pour cette institution s’injectant une dose de cocaïne dans le pied. Ce ton donné dès le départ ne ment pas sur la suite, avec une première scène d’opération qui met les nerfs et la sensibilité des téléspectateurs à rude épreuve. La caméra se veut fébrile, passant des inserts sanguinolents aux visages fermés des médecins. Plus aucun doute, le réalisateur de Traffic et de Girlfriend Experience est bien aux commandes. L’entrée dans la série se fait d’emblée de manière violente et sans ménagement. Car le souci de réalisme est omniprésent avec des décors d’époque reconstitués de l’hôpital, des premiers appartements insalubres, des ruelles mal famées et des opiumeries.

 

Clive Owen - The Knick - Cinemax

Clive Owen – The Knick – Cinemax

 

Le premier épisode expose donc le personnel hospitalier, des infirmières au directeur de l’établissement, des médecins aux brancardiers. Rien n’est donc laissé au hasard et replace l’ensemble dans un contexte sociétal difficile, où la médecine s’apprête à faire des avancées considérables. L’arrivée d’un médecin noir, le docteur Algernon Edwards (Andre Holland), va bouleverser la communauté du Knick, le médecin en chef, le docteur Thackery refusant de s’associer à lui. Le racisme est ambiant dans The Knick. La ségrégation raciale va concerner directement le docteur Edwards qui, même s’il bénéficie de son statut honorifique, n’est pas reconnu par ses confrères, ni par ses voisins de palier. S’ensuit alors un combat médico-social pendant les six premiers épisodes, lesquels prennent le temps d’exposer les rivalités et incompréhensions entre collègues. Mais le personnage principal reste bien sûr le docteur Thackery. Cet homme dépendant à la cocaïne, impulsif, raciste et obsessionnel, s’inspire du véritable médecin William Halsted, qui a découvert les bienfaits anesthésiques de la cocaïne. Les différentes facettes de ce héros (parfois anti-héros) évitent les conventions du genre, loin de celles exposées dans les soaps populaires comme Urgences ou Grey’s Anatomy. On accompagne pendant ces dix épisodes un être tourmenté qui se bat pour faire avancer la science tout en souffrant de son addiction. C’est donc un Clive Owen sur le fil du rasoir qu’on retrouve ici, passant régulièrement de despote à prisonnier.

 

Clive Owen et Andre Holland dans The Knick - Cinemax

Clive Owen et Andre Holland dans The Knick – Cinemax

 

The Knick offre un état des lieux désespéré de la médecine de cette période, en opposition à celle d’aujourd’hui. C’est dans cette perspective qu’elle prend une dimension dramatique, au travers de la découverte des mœurs. On parle donc d’infections, d’épidémies et d’accouchements, lesquels causaient à l’époque la mort de nombreux patients. L’aspect religieux est alors traité via le personnage de Sœur Harriet (Cara Seymour) qui, en choisissant d’aider les femmes désireuses d’avorter, se heurte à cette question morale. La foi, cachée au fin fond d’un couvent ou dans une salle opératoire, reste donc principale. Ces interrogations chez nos protagonistes font écho à une époque pleine de préjugés et régies par des habitudes ancestrales. C’est ce que démontre chacune des opérations dans les épisodes, où les médecins apprennent en opérant. Le découpage de Soderbergh illustre de façon fascinante ces séquences qui prennent l’allure d’un documentaire. Ces « séances d’apprentissage » sont en outre souvent conditionnées par la course aux inventions (le matériel du bloc opératoire, les pompes à sang) et aux premiers médicaments (absence d’antibiotiques), révélant un marché lucratif basé sur l’escroquerie commerciale.

 

The Knick aborde aussi l’aspect administratif via la gestion de l’hôpital par Herman Barrow (Jeremy Bobb), qui rencontre des problèmes de dettes face à la pègre et expose ainsi la problématique du pouvoir public face aux créanciers. D’autre part, les relations intimes entre certains protagonistes sont à l’image de leurs handicaps : la ségrégation pour le docteur Edwards et la dépendance (aux narcotiques et à l’affection) pour Thackery. On s’intéresse donc à tous les échelons de l’hôpital aux niveaux politiques, judiciaires, scientifiques et humains.

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Source: CBO Box office

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