Musique/ Jurassic World par Michael Giacchino: critique

Publié par Jérôme Nicod le 20 juin 2015

Résumé : Le CD de la bande originale de film composée par Michael Giacchino est disponible dans les bacs depuis le 9 juin 2015 édité par Universal.

 

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CD musique Jurassic World par Michael Giacchino

CD musique Jurassic World par Michael Giacchino

C’est la troisième fois que Michael Giacchino croise des dinosaures, il avait composé le score pour les jeux vidéo Warpath: Jurassic Park et Le Monde perdu : Jurassic Park joué par un orchestre symphonique. Une première pour ce support. Jurassic Park de Steven Spielberg est une œuvre majeure de ces dernières années et reste encore aujourd’hui une référence. La sublime partition de John Williams y est bien sûr pour beaucoup. Le thème principal a rejoint le panthéon des scores universellement connus du Maître, aux côtés de Superman, Indiana Jones ou encore Star Wars. Iconique ! Il est d’ailleurs le premier a revisité son thème originel dans Le Monde Perdu, composition toute en rupture au regard de la première, pour une œuvre bien plus sombre. La bande originale est a réécouter aujourd’hui, tant sa vigueur est encore d’actualité. En 2001, Don Davis s’est vu confié, entre les trois Matrix, le score de Jurassic Park III, un fiasco musical. Aujourd’hui, Michael Giacchino s’empare de la création emblématique. Il est reconnu pour son habilité à se glisser entre les cordes et les cuivres d’autres compositeurs lorsqu’il travaille pour des franchises. Dans cette catégorie, il a magnifiquement succédé à Jerry Goldsmith pour LA PLANÈTE DES SINGES – L’AFFRONTEMENT (notre critique), en reprenant le style brut des percussions et de la déstructuration, et pour Star Trek : Into the Darkness, partition d’une puissance absolue. Et c’est sans évoquer MISSION IMPOSSIBLE 4 (notre critique), chef-d’œuvre d’intégration griffé Lalo Schifrin. Pour JURASSIC WORLD (notre critique), Giacchino a 102 musiciens et 70 choristes à sa disposition. Autant dire qu’il était attendu au tournant.

 

Partition de JurassiPartition de Jurassic World par Michael Giacchino / Photo Sean Wist pour Jobloc World par Michael Giacchino / Photo Sean Wist - Joblo

Partition de Jurassic World par Michael Giacchino / Photo Sean Wist – Joblo

 

La première audition est très agréable. La musique se juxtapose parfaitement aux images et les nombreux clins d’oeil de Colin Trevorrow fonctionnent avec la partition. L’écoute de l’album (de près de 1h20) sans les images est plus problématique et c’est un phénomène nouveau chez lui. Le choix artistique de composer uniquement pour les images rend parfois confus le découpage des titres, avec de brutales ruptures de style. On aimerait entendre une suite, l’éditeur Universal s’est rendu à la même conclusion en nous offrant le CD à analyser. On constate rapidement que Giacchino aime toujours autant faire des jeux de mots avec les titres des morceaux. Par exemple, It’s a Small (Jurassic) World pour la musiquette qui ressemble à l’horripilante mélodie éponyme de Disneyland. On l’entend lors de la scène où des enfants s’amusent et chevauchent des bébés dinos comme des poneys. On démarre avec Bury the Hatchling dès l’apparition des logos des sociétés de production. Ce n’est donc pas le thème pour le logo Universal, composé par Jerry Goldsmith en 1997. Le morceau illustre la fausse trappe d’ouverture : Giacchino et Trevorrow nous montrent à quel point il leur est facile de nous manipuler.

 

Dans The Family That Strays Together, harpe et violons donnent dans le mélo. La famille se sépare dans cette scène d’exposition assez banale, tant à l’image qu’à l’oreille. Mais c’est avec As the Jurassic World Turns que l’album commence véritablement. Le thème pourrait donner l’impression de se superposer à celui de John Williams tant il y a des ponts entre les deux. Sauf qu’ici, pas vraiment de score à siffloter en sortant de la salle, comme si Giacchino avait orchestré toute la musique du Maître sans le thème principal. Cela dit, le morceau peine un peu à trouver sa cohérence sur la durée. Pour Clearly His First Rodeo, il nous renvoie à l’émerveillement de Hook. Un morceau vraiment proche de celui de Williams. Owen you Nothing est un titre totalement original et une passerelle inattendue avec Ruychi Sakamoto. Le morceau illustre la rencontre à l’écran entre Claire (Bryce Dallas Howard) et Owen (Chris Pratt). C’est lorsque les allusions se font plus appuyées que débute la ressemblance avec le sublime Bolerish, composé par Sakamoto pour Femme Fatale de Brian De Palma (2002). On décèle quelques accords et une similitude instrumentale. Et dans les deux cas, il s’agit d’une tentative de séduction.

 

Après un début très mélo, Indominus Wrecks comporte à partir de la troisième minute tous les codes des films d’horreur. Si ce morceau va crescendo, il se révèle parfois un peu cliché dans ses exagérations. Gyrosphere of Influence, qui est indéniablement celle de John Williams, est une splendide réincarnation d’un thème mythique du cinéma. Puis, changement de style. On passe à une musique de jungle. On se croirait dans le King Kong de 1933 emmené par la musique de Max Steiner, ou les premiers Tarzan signés par Georges Richelavie. Un des must de l’album. Puis, changement à nouveau, avec la tristesse de Pavane for a Dead Apatosaurus. L’atmosphère musicale se meut davantage. On ressent la parfaite maîtrise du choix des instruments dans la composition de Giacchino, avec quelques notes de piano pour Fits and Jumpstarts. La fin rappelle ce qu’il a composé pour Star Trek. Le morceau suivant, The Dimorphodon Shuffle, empreinte cette fois l’univers de TINTIN (notre critique) et celui d’Indiana Jones 4 et le Royaume du Crâne de Cristal. Puis, les ptérodactyles nous embarquent en volant avec des violons qui jouent à rebours dans Love in the Tile of Pterosauria. C’est assez ingénieux car en écoutant la musique, on perçoit ces bestioles s’échapper dans le ciel, tout comme le requin dans le thème des Dents de la Mer.

 

Repetition Jurassic World  par Michael Giacchino / Photo Sean Wist - Joblo

Répétition Jurassic World par Michael Giacchino / PPhoto Sean Wist – Joblo

 

Poursuivons notre voyage sonore avec Chasing the Dragons, variante assez moderne dans ses percussions du thème principal, mais hélas un peu linéaire. Il rappelle davantage Jerry Goldsmith car il renvoie beaucoup à Pranking the Native de Star Trek : Into Darkness, même si la fin est un peu laborieuse. Raptor Your Heart Out doit attendre une bonne minute pour démarrer. Ensuite, le terrain est connu. Puissant dès l’ouverture, Costa Rican Standoff est tribal, rythmé, inégal mais très réussit par endroit. Les trompettes n’ont malheureusement pas la même épaisseur et puissance que dans Mission Impossible 4. Ce morceau renvoie au Monde Perdu dans les percussions et la gravité du thème. Our Rex Is Bigger Than Yours est un peu pompier, avec ses choristes en saccade. Quant à Growl and Make Up et Nine to Survival Job, ils sont sans véritable intérêt. Le thème de Jurassic Park se transforme dans The Parc is Closed. Approche typique chez Giacchino. Puis les thèmes s’entremêlent et la cohérence éclate. La grosse caisse donne des basses incroyables. L’absence de thème est parfois surprenante. On éprouve vraiment le sentiment d’entendre tout un orchestre sans score fédérateur. Des 3 bonus titres, on ne sauve rien hormis le dernier, Sunrise O.er Jurassic World. On se croirait encore chez Goldsmith, époque Congo, avec des tics son similaires.

 

Ainsi, Jurassic World ne se contente pas seulement de porter les initiales de John Williams mais aussi son ADN, bien que Michael Giacchino reste en retrait, comme s’il n’osait pas se mesurer à l’univers du Maître sur un terrain aussi boueux que celui de Jurassic. Il offre cependant de très belles créations dans cet album qui ne se livre pas tout de suite. On attend tellement une puissance mais elle ne vient pas assez vite. Il faut se faire à l’idée, Giacchino a choisi une piste moins évidente que celle de créer des thèmes forts. Passée la déconvenue de la première écoute, on comprend les choix, on accepte les ruptures de style, pour finir cernés par les créatures. Au final, une bande originale d’une grande subtilité, mais pas celle qu’on attendait.

 

 

Bande originale à l’écoute intégralement 

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CD musique Jurassic World par Michael Giacchino

CD musique Jurassic World par Michael Giacchino

Jurassic World par Michael Giacchino (durée : 1:16:47)

  1. Bury the Hatchling (1:56)
  2. The Family That Strays Together (1:00)
  3. Welcome to Jurassic World (2:08)
  4. As the Jurassic World Turns (5:30)
  5. Clearly His First Rodeo (3:28)
  6. Owen You Nothing (1:19)
  7. Indominus Wrecks (6:11)
  8. Gyrosphere of Influence (3:14)
  9. Pavane for a Dead Apatosaurus (4:44)
  10. Fits and Jumpstarts (1:31)
  11. The Dimorphodon Shuffle (2:13)
  12. Love in the Time of Pterosauria (4:30)
  13. Chasing the Dragons (2:54)
  14. Raptor Your Heart Out (3:50)
  15. Costa Rican Standoff (4:37)
  16. Our Rex Is Bigger Than Yours (2:41)
  17. Growl and Make Up (1:16)
  18. Nine to Survival Job (2:33)
  19. The Park Is Closed (1:38)
  20. Jurassic World Suite (12:53)
  21. It’s a Small Jurassic World (1:43)
  22. The Hammond Lab Overture (1:07)
  23. The Brockway Monorail (1:45)
  24. Sunrise O’er Jurassic World (2:06)

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Source: CBO Box office

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