Série/ Silicon Valley (saisons 1 et 2): critique

Publié par CineChronicle le 27 juin 2015

Synopsis : Dans la jungle informatique qui s’étend au Sud de San Francisco, Richard Hendricks se trouve définitivement au plus bas échelon de la chaîne alimentaire. Programmeur pour le compte de la multinationale Hooli pendant la journée, il passe son temps libre à tenter de développer sa propre application au sein d’un « incubateur », le Hacker Hostel, géré par Erlich Bachman. Tout change du jour au lendemain lorsque l’application de Richard, qui recèle un algorithme de compression de données révolutionnaire, devient la cible de toutes les attentions et l’enjeu principal d’une guerre sans merci entre investisseurs et concurrents.

 

♥♥♥♥♥

 

Silicon Valley - poster

Silicon Valley – poster

La Silicon Valley, bande de terre de quelques centaines de kilomètres au sud de la baie de San Francisco, est en pleine ébullition. Et ce n’est pas uniquement parce que ce petit territoire, possédant approximativement le PIB du Chili, concentre les sièges sociaux de la plupart des géants de la haute technologie mondiale. Dans les années 2000, les sociétés non cotées en bourse, valant plus d’un milliard de dollars, étaient appelées des unicorns (licornes), car on en croisait à peine plus dans la Silicon Valley que lors d’une promenade en forêt. Aujourd’hui, on y dénombre plus d’une centaine de « décacornes » (d’une valeur supérieure ou égale à dix milliards de dollars). Certaines de ces entreprises sont vieilles de moins de deux ans. En conséquence, la petite vallée californienne est devenue une véritable Mecque de la technologie. Elle accueille chaque année un exode massif de tekkies du monde entier, prêts à coder religieusement dans un univers où la Sainte Trinité est établie au nom de Jobs, Gates et Zuckerberg. C’est dans ce contexte de nouvelle ruée vers l’or que se déroule l’action de Silicon Valley. Derrière la série se cache la plume acérée de Mike Judge, déjà connu pour ses virulentes satires sur le thème de l’American Way of Life (King of the Hill), de la stupidité aux Etats-Unis (Beavis and Butt-head, Idiocracy), ou encore des travers de la vie en entreprise (Office Space). Avec Silicon Valley, c’est au tour du rêve américain version 2.0 de passer à la déchiqueteuse. Le show s’inspire entre autres de l’expérience d’ingénieur informaticien de son créateur dans les années 80. Toutes les références techniques ont évidemment été remises au goût du jour par un bataillon de programmeurs, développeurs et autres consultants en nerditude. Présents à tous les stades de la production, ces derniers font des allers-retours incessants entre la table d’écriture et le tournage, toujours prêts à fournir explications nébuleuses et corrections de prononciation aux acteurs ou aux scénaristes. Si cette démarche apporte une véritable caution de crédibilité à l’ensemble, elle ne l’opacifie pas pour autant. Il n’est heureusement pas indispensable de parler la novlangue silicique pour apprécier l’intrigue et comprendre les dialogues de la série.

 

Silicon Valley - série HBO

Silicon Valley – série HBO

 

Diffusés sur HBO à partir d’avril 2014, les huit premiers épisodes relatent l’histoire du jeune Richard Hendricks (Thomas Middleditch), aussi doué en informatique qu’handicapé dans le domaine des relations sociales. Peu motivé par son emploi chez la toute-puissante et monolithique corporation Hooli, alter-ego fictif de Google, Richard investit tout son temps libre dans la création de sa propre application, Pied Piper. Il a pour cela intégré « l’incubateur de talents » d’Erlich Bachman (T.J. Miller), le Hacker Hostel, qui n’est autre que sa propre maison. Ce dernier loue les chambres tout en s’assurant un pourcentage sur les bénéfices potentiels des créations de ses pensionnaires (Martin Starr, Kumail Nanjiani). Ces codeurs laissés pour compte sont bien contraints d’accepter le marché, conséquence d’une flambée de l’immobilier dans des quartiers où la moindre ruine peut valoir des millions, et s’attèlent d’arrache-pied à développer LE programme qui les fera sortir de l’anonymat.

 

On assiste alors à un petit bréviaire des applications les plus inutiles jusqu’aux plus stupides, comme le Nippalert, le détecteur de tétons qui pointent, ou encore la BroApp, qui permet uniquement d’envoyer le mot « Bro » à ses contacts. Presque par hasard, Pied Piper va réussir là où les autres échouent. Dés l’instant où les programmeurs de chez Hooli découvrent qu’elle recèle un système de compression de données révolutionnaire, l’information remonte comme une trainée de poudre à la tête de l’organisation, le CEO mégalomane Gavin Belson (Matt Ross) mais aussi à Raviga, la concurrence directe. Dans la journée, Richard est convoqué par Belson, qui lui fait une offre de dix millions de dollars pour obtenir la propriété exclusive de son algorithme. Au même moment, son adversaire de toujours, Peter Gregory (Christopher Evan Welch), propose, quant à lui, 100 000 dollars de façon à sponsoriser l’inventeur pour développer Pied Piper lui-même. Richard décide alors d’accepter la seconde offre et de rester aux commandes du destin de sa création, avec l’aide de ses colocataires. Son application devient un pion supplémentaire dans le jeu de pouvoir incessant qui oppose les deux magnats.

 

Dinesh Chugtai (Kumail Nanjiani), Bertram Gilfoyle (Martin Starr), Thomas Middleditch (Richard Hendricks), Jared Dunn (Zach Woods), Erlich Bachman (T.J. Miller)  dans Silicon Valley, diffusée sur HBO

Dinesh Chugtai (Kumail Nanjiani), Bertram Gilfoyle (Martin Starr), Thomas Middleditch (Richard Hendricks), Jared Dunn (Zach Woods), Erlich Bachman (T.J. Miller) dans Silicon Valley, diffusée sur HBO

 

Grosse surprise de l’année dernière, la première saison, bien que cherchant parfois son équilibre, parvient à combiner adroitement différents niveaux d’humour, du potache à la satire sociale, dans la veine de certaines institutions comiques américaines telles South Park. Certains des premiers épisodes recyclent quelques poncifs incontournables de la geek comedy, déjà surexploités par The Big Bang Theory et ses rires enregistrés, dans lesquels on retrouve par exemple la bande de nerds interchangeables qui bégayent et transpirent, hypnotisés par la moindre courbe féminine. Pourtant, une fois l’intrigue mise en place, la série parvient rapidement à trouver sa propre voie. Si certains gags restent trop lourds et ont du mal à passer, la satire est habilement ficelée et les faiblesses sont bientôt contrebalancées par la force de la trame narrative et la qualité des jeux d’acteurs.

 

Le conflit entre milliardaires génère un flux régulier de problèmes juridiques, techniques ou financiers extrêmement réalistes auxquels le groupe s’efforce de faire face. Il en résulte une myriade de retournements de situations étonnamment crédibles, qui menacent d’abréger les jours de la société naissante de façon plus qu’abrupte. Le personnage principal, véritable boule d’anxiété humaine, est soumis à une succession de choix plus cornéliens les uns que les autres, pour le plus grand plaisir du spectateur. On a ici un aperçu de l’arsenal de combat et des tactiques d’intimidation de ces géants de la nouvelle technologie qui « font du monde un endroit meilleur », pour reprendre le mantra du CEO de Hooli.

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