Sortie DVD/ Une belle fin d’Uberto Pasolini: critique

Publié par Charles Amenyah le 16 septembre 2015

Synospis : Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May se passionne pour son travail. Quand une personne décède sans famille connue, c’est à lui de retrouver des proches. Malgré sa bonne volonté, il est toujours seul aux funérailles, à rédiger méticuleusement les éloges des disparus… Jusqu’au jour où atterrit sur son bureau un dossier qui va bouleverser sa vie : celui de Billy Stoke, son propre voisin.

 

♥♥♥♥♥

 

Une Belle Fin (Still Life) - affiche

Une Belle Fin (Still Life) – affiche

Still Life, titré en français par Une Belle Fin, révèle plusieurs significations ; Uberto Pasolini livre le récit burlesque d’une existence à la fois figée et morbide mais qui débouche toujours sur des promesses d’éternités. John May ressemble à un collectionneur de timbres atteint de constipation, mais c’est en fait un détective qui traque méthodiquement les fantômes du passé. À la fois singulier et impersonnel, l’acteur britannique Eddie Marsan est bluffant dans ce rôle de fonctionnaire aussi prosaïque que connecté à l’au-delà. Prompt à se ruer sur le moindre mystère, notre homme a des airs de ‘Tintin au pays des morts’. La vie de ce non-personnage est filmée avec une caméra fixe qui en souligne toute la platitude et la solitude bornée. Les couleurs blanchâtres ou grisonnantes qui entourent John May renvoient à cette idée d’existence simple et esseulée, à la fois sans passé et sans avenir. Il est le témoin silencieux d’un isolement qui se généralise de plus en plus. Et toute la mise en scène insiste sur l’impression d’un cloisonnement macabre : les fonctionnaires et les policiers travaillent dans de véritables tiroirs, le moindre intérieur ressemble à un petit cercueil gris. Si nulle part ne s’exhibe la mort avec franchise, Une Belle Fin recèle un humour aussi sombre que délicat. Les subtiles nuances de gris et de blanc-cassé laissent place à des couleurs plus stimulantes à mesure que John May va au devant des autres personnages. Dans le dernier acte, la colorisation est totale mais, quoique lunaire, la mise en scène reste toujours sobre. Non exempte de violence, la complainte sirupeuse laisse parfois place à une lourde critique sociale.

 

Eddie Marsan dans Une Belle Fin de Uberto Pasolini

Eddie Marsan dans Une Belle Fin de Uberto Pasolini

 

Le manque de communication et l’oubli du prochain sont mis en évidence par un John May acharné à remonter des fils qu’on sait coupés depuis longtemps. Ses motivations sont ambiguës, on ignore s’il est généreux ou s’il se repaît du spectacle de la mort ; il est rigide mais toujours prêt à s’incliner pour renifler une page jaunie ou un vieux bibelot. Ce n’est pas l’intérêt qui semble le guider, la nouvelle de son licenciement coule sur lui et n’entrave pas son travail de reconstitution. Lovecraft disait que ‘seuls les pauvres et les solitaires se souviennent’, cette phrase semble convenir à John May. Billy Stoke, le voisin de John May, est la clef de cette œuvre aussi mystérieuse qu’intériorisée. Ce personnage, encore plus invisible que les autres, est ironiquement le voisin du héros. Et on découvre que sa vie fût pour le moins tonitruante. C’est lui qui permet à John May de véritablement s’élever et de se découvrir. Apparaissant comme le lien le plus solide qui existe entre le petit fonctionnaire et le monde des vivants, il nous dit que la solitude est le premier des poisons. On retient particulièrement l’habilité du réalisateur italien à jongler avec une large gamme de sentiments et d’impression fugaces. La solitude est oppressante mais apporte aussi son lot de situations cocasses ; le silence est insoutenable mais Uberto Pasolini parvient à faire parler les objets, derniers témoins de notre passage sur Terre. D’un quotidien terne et anonyme, il fait sourdre l’universel et le sublime. La performance d’Eddie Marsan, aussi vide qu’incarné, achève véritablement de hisser cette œuvre au rang de petit chef-œuvre.

 

 

  • UNE BELLE FIN (Still Life) écrit et réalisé par Uberto Pasolini, disponible en DVD et VOD depuis le 8 septembre 2015.
  • Avec : Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan, Neil D’Souza, Paul Anderson, Tim Potter, David Shaw Parker…
  • Production : Uberto Pasolini, Christopher Simon, Felix Vossen
  • Photographie : Stefano Falivene
  • Montage : Gavin Buckley, Tracy Granger
  • Décors : Lisa Hall
  • Costumes : Pam Downe
  • Musique : Rachel Portman
  • Distribution, Editeur : Version Originale / Condor
  • Tarif : 19,99 €
  • Durée : 1h27
  • Date de sortie cinéma : 15 avril 2015

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