Ressortie/ Notre pain quotidien de King Vidor : critique

Publié par Charles Villalon le 18 octobre 2017

Synopsis : En 1929, alors que les États-Unis traversent une crise économique historique, John et Mary, dont la situation financière est critique, se voient proposer de reprendre une petite ferme hypothéquée. Ils acceptent mais l’ampleur de la tâche est telle qu’ils décident de s’organiser en coopérative. De tout le pays, des victimes de la crise affluent. Commence alors une incroyable aventure collective…

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Notre pain quotidien - affiche

Notre pain quotidien – affiche

Quand le titre du film apparaît au générique de Notre pain quotidien, il est accompagné de la mention « Inspiré par les gros titres des journaux ». C’est en effet en lisant chaque jour les articles décrivant les ravages que causait la crise économique de 1929 que King Vidor eut l’idée de faire revivre John et Mary Sims, ses personnages de La Foule. Le film n’a cependant pas été conçu comme une suite – même si le réalisateur a d’abord proposé à James Murray, acteur principal de son chef-d’œuvre muet, de reprendre son rôle. En effet, John et Mary Sims, plus encore que des personnages, sont en quelque sorte l’incarnation du couple américain moyen selon Vidor. Ce n’est pas l’histoire de ces personnages qui est reprise ici, mais leur existence en tant que symbole. Dans La Foule, John luttait pied à pied pour trouver sa place dans la mégalopole new-yorkaise. Dans Notre pain quotidien, lui et Mary quittent la misère de la ville pour chercher leur subsistance à la campagne. Le scénario, que le cinéaste a coécrit avec sa femme, Elizabeth Hill, raconte l’arrivée de John et Mary dans une ferme et la création d’une coopérative agricole. Dans sa première moitié, peut-être la moins convaincante, le film ressemble à une utopie américaine à la Frank Capra, où la bonne volonté des héros – un ahuri un peu naïf secondé par une épouse dure à la tâche – fait des miracles. Cependant, le portrait des citadins débarquant à la campagne peine à égaler ceux brossés peu d’années auparavant par Friedrich W. Murnau et William A. Wellman, respectivement dans L’Intruse et The Purchase Price. En cause notamment, la dimension symbolique des personnages, qui les rendent quelque peu unidimensionnels, sans aspérités. On peine à s’intéresser à eux en tant que tel et ne prenne leur importance qu’en tant que membre de la communauté. De la même façon, la dichotomie entre la vamp blonde et la bonne épouse brune rappelle les productions hollywoodiennes les moins inspirés de l’époque. 

 

Notre pain quotidien

Notre pain quotidien

 

Mais la communauté, justement, est au cœur du film, et lui donne son incomparable force. Fondant sa mise en scène sur une cohérence stricte du fond et de la forme, Vidor parvient à élever le film chaque fois qu’il privilégie le caractère épique de l’aventure au détriment de sa dimension psychologique. On en veut pour preuve la grande scène finale de la construction du canal d’irrigation, que Vidor, en chorégraphe, a mis en scène comme un ballet. Filmant l’opération dans ses moindre détails, le cinéaste parvient simultanément à renforcer le caractère documentaire de son métrage tout en l’élevant à une grandeur lyrique. La séquence n’est pas sans rappeler les plus grandes réussites du cinéma soviétique de la même époque, et notamment La Terre d’Alexandre Dovjenko. On y suit tour à tour les géomètres traçant le cour d’eau, les hommes qui dégagent le terrain, soulevant des rochers, arrachant des arbres, puis les bêcheurs, les piocheurs, les pelleteurs. Ajoutez à cela la silent music d’Alfred Newman, qui n’accompagne cette vision que d’un discret métronome et d’un tambour qui se mêlent au son des pioches, donnant à l’action un rythme et une qualité symphonique. Le tout est d’une puissance saisissante.

 

Dans son autobiographie, La Grande Parade, Vidor écrivait « L’apogée de Notre pain quotidien donne une idée de ce que peut être l’art cinématographique dans sa forme globale. » Si elle peut paraître immodeste, la formule se révèle, à la vision de cette incroyable séquence, rien moins que juste.

 

 

 

  • NOTRE PAIN QUOTIDIEN (Our Daily Bread)
  • Ressortie salles : 18 octobre 2017
  • Version restaurée
  • Réalisation :  King Vidor
  • Avec : Karen Morley, Tom Keene, Barbara Pepper, Addison Richards, Harry Holmers, John Qualen, Lloyd Ingraham 
  • Scénario : Elizabeth Hill, King Vidor et Joseph L. Mankiewicz (dialogues) 
  • Production :  King Vidor
  • Photographie : Robert H. Planck
  • Montage : Lloyd Nosler
  • Musique : Alfred Newman
  • Distributeur : Théâtre du Temple
  • Durée : 1h14
  • Sortie initiale : 28 septembre 1934 (États-Unis)

 

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