Come As You Are de Desiree Akhavan : critique 

Publié par Sévan Lesaffre le 18 juillet 2018

Synopsis : Pennsylvanie, 1993. Bienvenue à God’s Promise, établissement isolé au coeur des Rocheuses. Cameron, vient d’y poser ses valises. La voilà, comme ses camarades, livrée à Mme. Marsh qui s’est donnée pour mission de remettre ces âmes perdues dans le droit chemin. La faute de Cameron ? S’être laissée griser par ses sentiments naissants pour une autre fille, son amie Coley. Parmi les pensionnaires, il y a Mark l’introverti ou Jane la grande gueule. Tous partagent cette même fêlure, ce désir ardent de pouvoir aimer qui ils veulent. Si personne ne veut les accepter tels qu’ils sont, il leur faut agir…

♥♥♥♥♥

 

Come as you are - affiche

Come as you are – affiche

Come As You Are, drame adapté du roman d’Emily M. Danforth, The Miseducation of Cameron Post paru en 2012, est le second long métrage de la jeune réalisatrice, actrice et scénariste irano-américaine Desiree Akhavan. Alors que son premier film, Appropriate Behaviour, traitait de la difficulté d’une jeune iranienne à assumer sa bisexualité, Akhavan livre ici une seconde réflexion sur le désir et la tolérance. L’histoire est celle de Cameron, une adolescente orpheline et homosexuelle incarnée par Chloë Grace Moretz (Dark Shadows, Kick-Ass), envoyée dans un camp très pieux visant à remettre les jeunes sur le « droit chemin » (ici celui de l’hétérosexualité). Elle y rencontre deux amis marginaux, Jane et Adam, interprétés par Sasha Lane (American Honey) et Forrest Goodluck (The Revenant). Le trio refusera de se soumettre aux règles strictes de l’établissement et fera tout pour retrouver sa liberté. Tout d’abord, le scénario de Come As You Are, co-écrit par Cecilia Frugiuele, n’est pas sans rappeler la ligne directrice de Moonlight de Barry Jenkins. Cette quête initiatique et existentielle, syndrome « we are who we are » toujours profondément actuel, s’apparente également à la leçon de vie du récent Love, Simon de Greg Berlanti ou encore à ces nombreux teen movies explorant la question de l’homosexualité par le biais de personnages secondaires (comme Le monde de Charlie) de Stephen Chbosky, avec le personnage de Patrick, interprété par Ezra Miller).

 

Come as you are

Come as you are

 

Pourtant, Come As You Are, qui prend bel et bien la forme d’un roman d’apprentissage —et tente de s’éloigner du cliché— réaffirme un combat contre les étiquettes sociales et les préjugés concernant l’orientation sexuelle. Ici, la violence psychologique s’oppose à la douceur candide des personnages. Desiree Akhavan traite avec justesse du passage à l’âge adulte mais aussi de la reconversion et de l’identité, de la construction de soi, de la norme et de la marge, thématiques qui coïncident avec l’environnement hostile —celui du pensionnat catholique métaphorisant l’Amérique puritaine— dans lequel évolue les protagonistes. La vulnérable Cameron, prise sur le vif alors qu’elle embrasse son amie Coley (Quinn Shepard), se retrouve emprisonnée à God’s Promise, centre créé par l’intransigeant Dr. Lydia Marsh, incarné par Jennifer Ehle (Zero Dark Thirty, Brooklyn Village). Cette dernière, figure d’autorité distante et hautaine, est parvenue à convertir son propre frère, le révérend Rick, interprété par l’excellent John Gallagher Jr. (L’Éveil du Printemps, States of Grace), à une hétérosexualité « plus saine ». Ces deux rôles interdépendants conduisent la dynamique du récit.

 

En effet, les adolescents, qui subissent un lavage de cerveau, doivent porter un uniforme, suivre des cours et des sermons évangéliques ou encore partager leur chambre avec le camarade qui leur est désigné. Chacun doit même « schématiser son vécu » dans un « iceberg », un exercice thérapeutique d’introspection par le dessin. Le film dissèque donc la manière dont ce centre menace de briser une jeune fille en proie au doute mais consciente de son identité.

 

Le casting de jeunes talents fait la grande force de ce huit clos et met en exergue trois fortes personnalités. Chloë Grace Moretz s’éloigne du blockbuster pour mûrir dans ce film d’auteur poignant,  Forrest Goodluck émeut en pince-sans-rire sophistiqué et attachant tandis que Sasha Lane, plus en retrait, est une meneuse charismatique. La mise en scène classique de Come As You Are est mise au service de la thématique de la haine de soi. Le ton est provocant, la spontanéité est toujours saisissante, l’émotion est brute. Desiree Akhavan emploie le flashback, disséminé dans le récit, pour mettre en lumière la relation entretenue par Cameron et Coley. La fin ouverte, -en un plan séquence- renforce l’ambiguïté du long métrage ; le trio repart fier et insoumis à l’arrière d’un pick-up.

 

Come as you are

Come as you are

 

L’esthétique naturaliste du film repose quant à elle sur la très belle photographie d’Ashley Connor. L’éclairage naturel dégage une certaine douceur dans le traitement du cadre et les nombreux gros plans magnifient les visages. Le cadrage resserré contribue notamment à l’effet d’oppression alors que la caméra subjective plonge le spectateur dans l’action. En outre, le contexte des années 1990 est finement étudié. La réalisatrice ne néglige pas les clins d’oeil. Ainsi, la bande d’amis de Chloë Grace Moretz, rappelle celle de Breakfast Club de John Hughes (1985). Le sujet de Come As You Are fait également écho au Cercle des Poètes Disparus de Peter Weir (1990). Plus que le personnage de Robin Williams, c’est celui du jeune Neil, un étudiant manipulable atteint de troubles psychiques, incarné par Robert Sean Leonard, qui semble repris ici. Le titre lui-même (« Viens comme tu es ») évoque la célèbre chanson de Nirvana, tirée de l’album Nevermind sorti en 1991. Les films lesbiens Personal Best et Desert Hearts sont également cités. Enfin, la musique pop de Julian Wass (The Pretty One, 6 Years, Blue Jay) ainsi que la présence de quelques tubes de l’époque tels que What’s Up des 4 Non Blondes contribuent au caractère intemporel du film.

 

Récompensé au Sundance Film Festival par le Grand Prix, Come As You Are, drame aux couleurs grunge et au discours universel, est un hymne à la jeunesse et au droit de s’aimer, annonçant Boy Erased, autre drame américain réalisé par Joel Edgerton ayant pour thème l’acceptation de soi.

 

Sévan Lesaffre

 

 

 

  • COME AS YOU ARE (The Miseducation of Cameron Post)
  • Sortie salles : 18 juillet 2018
  • Réalisation : Desiree Akhavan
  • Avec : Chloë Grace Moretz, Sasha Lane, John Gallagher Jr., Jennifer Ehle, Forrest Goodluck, Quinn Shepard, Owen Campbell, Kerry Butler, Emily Skeggs…
  • Scénario : Desiree Akhavan, Cecilia Frugiuele
  • Production : Rob Cristiano 
  • Photographie : Ashley Connor
  • Montage : Sara Shaw
  • Décors : Markus Kirshner 
  • Costumes : Stacey Berman
  • Musique : Julian Wass
  • Distribution : Condor Films
  • Durée : 1h31

 

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