Télévision / Sugarland Express de Steven Spielberg : critique

Publié par CineChronicle le 15 février 2019

Synopsis : Emprisonné pour vol, Clovis Poplin parvient à s’évader grâce à la complicité de son épouse, Lou Jean. Tous deux se rendent à Sugarland afin de récupérer leur enfant, confié à des tuteurs. Sur le chemin, ils prennent en otage un policier. Dès lors, une folle poursuite s’engage entre le couple et la police.

♥♥♥♥

 

Sugarland Express - affiche

Sugarland Express – affiche

Le Parrain 2, Chinatown, American Graffiti, Conversion secrète, La Balade Sauvage, Une femme sous influence sont sortis en 1974. Aurait-on pu penser que Sugarland Express, sorti cette année-là, allait ouvrir la carrière d’un réalisateur qui devait pratiquement éclipser ses pairs ? Sugarland Express, diffusé par OCS Géants dans le cadre d’une rétrospective sur le réalisateur, est sa première oeuvre au cinéma. Il a en effet déjà réalisé un long-métrage, Duel, mais pour la télévision. Il s’agit du baptême du feu pour le cinéaste de 27 ans qui a forgé ses premières armes pour le petit écran. Ici, il prend appui sur un fait divers véritable, survenu cinq ans plus tôt, et part tourner sur les lieux mêmes, à Sugarland, au Texas. Le roadtrip de Lou Jean (Goldie Hawn, La Mort vous va si bien) et Clovis Poplin (William Atherton, Ghostbusters), avec leur otage, le policier Maxwell Slide (Michael Sacks, Abattoir 5), lui permet de faire son entrée sur le thème de la cavale des amoureux, classique dans le cinéma américain s’il en est, représenté alors récemment par Bonnie et Clyde, ainsi que La Balade Sauvage. Force est de constater que pour une première oeuvre, Sugarland Express donne le ton pour la future filmographie de Spielberg. Il confirme une maîtrise déjà indéniable du langage cinématographique, en inaugurant (excusez du peu) le premier travelling et le premier plan panoramique à 360 degrés à l’intérieur d’une voiture, dans une scène avec dialogue. Il se joue déjà des codes : la course-poursuite commence avec une vieille guimbarde crachotante, les retournements de situation sont l’occasion de belles cascades et de moments burlesques, où les forces de l’ordre sont tournées en ridicule, et surtout, les deux protagonistes masculins, qu’il s’agisse du benêt Clovis ou du policier vite atteint du syndrome de Stockholm, sont en fait menés et poussés par une femme, qui prend toutes les décisions (même s’il est clair qu’elle ne cesse pas du tout où ça la mène).

 

Goldie Hawn et William Atherton - Sugarland Express

Goldie Hawn et William Atherton – Sugarland Express

 

Là où ses illustres prédécesseurs prennent la lutte de deux antihéros sympathiques contre les autorités comme prétexte à une fable libertaire, Spielberg affirme déjà sa volonté de plaire au public et de le divertir. Une maîtrise du divertissement qui ne le quittera plus. Tout comme un autre thème, crucial dans sa filmographie : la protection de l’enfance et la quête d’une famille reconstituée. Si Lou Jean Poplin se lance dans sa fuite en avant, c’est par désir de retrouver son fils et de convaincre son mari d’endosser son rôle de père. Si cette escapade ne trouvera pas de fin heureuse, Spielberg s’attachera à mieux conclure cette quête dans ses films suivants.

 

Même s’il parvient à quadrupler en recettes son budget d’origine, Sugarland Express est un échec commercial qui convainc Universal de ne pas lâcher la bride à son jeune poulain, qui piaffe d’impatience : le studio lui a coupé plusieurs scènes et le jeune Spielberg se met à rêver du director’s cut qui ne limiterait plus sa créativité. Cependant, la critique est au rendez-vous. Nommé pour le meilleur scénario original par la Writers Guild of America, Sugarland Express remporte le prix du scénario au Festival de Cannes 1974. Et il demeurera jusqu’à maintenant le seul Spielberg jamais en compétition sur la Croisette. Quoi qu’il en soit, Spielberg y a rencontré Vilmos Zsigmond, son chef opérateur sur Rencontres du Troisième Type, et surtout John Williams, qui signera la musique de pratiquement tous ses films. Et puis, surtout, Steven Spielberg se voit confier par Universal Les Dents de la Mer, une autre histoire qui fera date…

 

Arthur de Boutiny

 

 

 

  • SUGARLAND EXPRESS (The Sugarland Express)
  • Diffusion : 15 février 2019 à 20h40
  • Chante / Plateforme : OCS Géants
  • Réalisation : Steven Spielberg
  • Avec : Goldie Hawn, Ben Johnson, Michael Sacks, William Atherton, Louise Latham, Gregory Walcott, Steve Kanaly…
  • Scénario : Hal Barwood et Matthew Robbins, d’après une histoire de Steven Spielberg, Hal Barwood et Matthew Robbins
  • Production : David Brown, Richard D. Zanuck
  • Photographie : Vilmos Zsigmond
  • Montage : Edward M. Abroms et Verna Fields
  • Décors : Joseph Alves, Jr.
  • Musique : John Williams
  • Sortie originale : 31 mars 1974 (États-Unis) – 12 juin 1974 (France)
  • Durée : 1h48

 

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