Télévision / Always de Steven Spielberg : critique

Publié par CineChronicle le 7 février 2019

Synopsis : Pete Sandich, pompier de l’air décédé dans un accident d’avion, continue, au-delà de la mort, à suivre l’apprentissage d’une jeune recrue, Ted, tout en restant proche de son ancienne fiancée que le deuil empêche de céder aux attentions et aux avances de Ted.

♥♥♥♥

 

Always - affiche

Always – affiche

À l’occasion de son cycle consacré à Steven Spielberg en février, OCS Géants déterre ce qui est sans doute son film le plus mal connu : Always. Il s’agira non seulement du film que très peu d’aficionados vous citeront, mais il est même totalement oublié dans le documentaire Spielberg (également diffusé sur OCS Géants). Pourquoi un tel oubli ? Always est d’abord un remake d’Un nommé Joe, un film de 1943, par Victor Fleming avec Spencer Tracy et Irene Dunne. Il s’agit de l’un des films préférés de Spielberg, qui a contribué à lui donner envie de se lancer dans le cinéma, ainsi que de Richard Dreyfuss, un de ses acteurs fétiches (Les Dents de la Mer, Rencontres du Troisième Type), qui estime l’avoir vu au moins 35 fois. Le cadre est transposé de la Seconde Guerre mondiale à la lutte contre les incendies : Pete (Richard Dreyfuss) est un pilote de Canadair efficace, casse-cou et macho, qui tente de concilier son amour du risque avec l’amour de Dorinda (Holly Hunter, La Leçon de Piano), elle-même pilote. Pete finit par se tuer en opération, alors qu’il venait de sauver la vie de son ami et collègue Al (John Goodman, The Big Lebowski). Il revient cependant parmi les vivants comme ange gardien invisible d’un pilote, Ted Baker (Brad Johnson, resté un inconnu au cinéma), ainsi que de Dorinda et Al. Même s’il s’agit du seul véritable remake de la filmographie très fournie de Spielberg, ce dernier a réussi à se l’approprier comme un film personnel. L’intrigue permet à cet amoureux de l’aviation (dont le père était lui-même pilote pendant la guerre) de se faire plaisir avec de superbes scènes d’action aériennes et des moments de poésie pure.

 

Always

Richard Dreyfuss et Holly Hunter – Always

 

Servi par un casting au top, une photographie grandiose, Always est une très belle fable sur le deuil et le besoin de lâcher prise. Et c’est peut-être là que le bât blesse. Le film joue par moments trop sur le mielleux et la partie comique du début a terriblement vieilli, procédant d’un humour slapstick un peu forcé. Always eut été un bon film de 1989, pourtant, au regard de la carrière de Spielberg, il s’agit d’une oeuvre mineure. Son oubli dans le documentaire reste néanmoins injuste. 

 

La cause est peut-être à chercher du côté de Spielberg lui-même. Always est coincé dans sa filmographie entre Indiana Jones et la Troisième Croisade (sorti à peine six mois avant) et Hook, deux classiques du cinéma de divertissement, même si ce dernier mit un temps à acquérir un statut de film culte. Car le réalisateur est alors cantonné à ce secteur. La Liste de Schindler ne sortira que quatre ans après et ses tentatives pour devenir un véritable “auteur” ne lui ont valu qu’une froide réception et de vives critiques, avec La Couleur Pourpre et Empire du Soleil. D’autres pointeront que Spielberg, stakhanoviste et touche-à-tout de la pellicule, a toujours été faible dans le domaine de la comédie sentimentale, ne serait-ce qu’en citant Le Terminal.

 

Audrey Hepburn - Always

Audrey Hepburn – Always

 

Enfin, le fait qu’Always soit sorti six mois à peine avant Ghost, avec lequel il partage la même intrigue et qui fut un véritable carton au box-office, n’a sans doute pas aidé à marquer les spectateurs. Point intéressant pour les cinéphiles, il s’agit de l’ultime rôle d’Audrey Hepburn, qui devait succomber au cancer en 1993. Elle y incarne Hap, une sorte d’ange qui guide Pete sur le chemin de l’au-delà. L’actrice légendaire souhaitait travailler avec Spielberg et, pour ce cinéphile chevronné, elle s’imposait pour incarner “un envoyé de Dieu”. Engagée pour 1 million de dollars (qu’elle donna entièrement à l’Unicef), Hepburn embaume ses deux apparitions de sa grâce, toute de blanc vêtue, une voix légèrement éraillée… Apparition divine pour Pete, caméo rassurant pour le spectateur.

 

Arthur de Boutiny

 

 

 

  • ALWAYS – POUR TOUJOURS (Always)
  • Diffusion : 8 février 2019 à 20h40
  • Plateforme / Chaîne : OCS Géants
  • Réalisation : Steven Spielberg
  • Avec : Richard Dreyfuss, Holly Hunter, John Goodman, Brad Johnson, Audrey Hepburn, Roberts Blossom, Keith David, Ed Van Nuys, Marg Helgenberger, Dale Dye…
  • Scénario : Jerry Belson, Diane Thomas
  • Production : Steven Spielberg, Kathleen Kennedy, Frank Marshall
  • Photographie : Mikael Salomon
  • Montage : Michael Kahn
  • Décors : James D. Bissell
  • Costumes : Ellen Mirojnick
  • Musique : John Williams
  • Sortie originale : 22 décembre 1989 (États-Unis) – 14 mars 1990 (France)
  • Durée : 2h02

 

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