Us de Jordan Peele : critique

Publié par Erica Farges le 20 mars 2019

Synopsis : De retour dans sa maison d’enfance, à Santa Cruz sur la côte Californienne, Adelaïde Wilson a décidé de passer des vacances de rêves avec son mari Gabe et leurs deux enfants : Zora et Jason. Un traumatisme aussi mystérieux qu’irrésolu refait surface suite à une série d’étranges coïncidences qui déclenchent la paranoïa de cette mère de famille de plus en plus persuadée qu’un terrible malheur va s’abattre sur ceux qu’elle aime. Après une journée tendue à la plage avec leurs amis les Tyler, les Wilson rentrent enfin à la maison où ils découvrent quatre personnes se tenant la main dans leur allée. Ils vont alors affronter le plus terrifiant et inattendu des adversaires : leurs propres doubles.

♥♥♥♥

 

Us - affiche

Us – affiche

Remarqué dès le début de sa carrière de réalisateur et scénariste avec Get Out, Jordan Peele continue d’innover dans le domaine du cinéma horrifique. Ici, il n’aborde pas frontalement la question raciale à l’instar de son long-métrage précédent, moins complexe que Us. Comme Get Out, la nouvelle réalisation de Peele est produite par Blumhouse, société de production spécialisée dans les films d’horreur « alternatifs ». Œuvre englobant plusieurs sous-textes, ce thriller d’épouvante-horreur, n’a pas vraiment pour objectif de faire peur ou de choquer par la violence de l’image. Il s’agit plutôt de reprendre les codes et une filmographie phare du genre en se centrant sur le concept du double maléfique, s’apparentant à un cauchemar éveillé dans la mesure où il est introduit dans un environnement réaliste, afin de laisser place à plusieurs formes d’approches. C’est pour cela que son message peut renvoyer aux mensonges contenus dans le rêve américain, aux inégalités sociales, aux rapports à la foi religieuse, aux conséquences de l’individualisme, à ce qui est refoulé en chacun ou encore à la crainte de l’étranger reflétant, au fond, nos propres démons avec l’idée que nous sommes notre pire ennemi. Du palais des glaces, endroit où la vie d’Adelaïde (Lupita Nyong’o) a été bouleversée, jusqu’au lieu parallèle à celui d’un monde qui nous est familier, l’esthétique, sublimée par la photographie de Mike Gioulakis (It Follows, Under The Silver Lake), la duplicité est constamment évoquée avec un sens du détail très recherché.

 

Lupita Nyongo - Us de Jordan Peele

Lupita Nyongo – Us de Jordan Peele

 

En jouant beaucoup sur les repères cinématographiques des spectateurs, parfois de façon presque parodique, le dédoublement se manifeste aussi par les nombreuses références à des chef d’œuvres du film d’horreur et du thriller psychologique, tels que Shining, Les Dents de la mer, Deux Sœurs, La Nuit des morts-vivants, Rosemary’s Baby, Black Swan… Pourtant, c’est surtout la série The Twilight Zone (La Quatrième Dimension), plus particulièrement l’épisode Mirror Image, qui a directement inspiré le cinéaste. À l’effet miroir se superpose le contraste. Les visuels colorés et ensoleillés, surtout présents au début, sont totalement opposés aux teintes sombres et froides faisant ressortir des coloris rougeâtres, couleur porteuse d’émotions fortes mais contradictoires, que l’on retrouve par la suite.

 

L’affiche met déjà en évidence le visage, double, de l’héroïne interprétée par Lupita Nyong’o, comédienne oscarisée pour son rôle dans Twelve Years a Slave. L’actrice principale donne la réplique à Winston Duke (Black Panther, Avengers), Elisabeth Moss (The Handmaid’s Tale, Mad Men, Top of the Lake) et Tim Heidecker (Ant-Man et la Guêpe). Clin d’œil du casting à l’univers des grands classiques de l’horreur, Duke Nicholson, petit-fils de Jack Nicholson, qui fait ses débuts sur le grand écran dans le rôle d’un policier.

 

Moins frontal et polémique que Get Out, Us peut avoir, de prime abord, un impact moindre. S’il ne porte pas, contrairement à son prédécesseur, sur une thématique forte et précise, il est sans doute plus osé au regard de son format et de son discours qui vont au-delà de l’évidence. Ainsi, Jordan Peele monte d’un cran dans l’art de la subtilité cinématographique pour proposer une œuvre aux niveaux d’interprétations multiples.

 

 

 

  • US
  • Sortie salles : 20 mars 2019
  • Réalisation : Jordan Peele
  • Avec : Lupita Nyong’o, Winston Duke, Elisabeth Moss, Tim Heidecker, Shahadi Wright Joseph, Evan Alex, Noelle Sheldon, Cali Sheldon, Kara Hayward, Nathan Harrington, Duke Nicholson.
  • Scénario : Jordan Peele
  • Production : Jordan Peele, Sean McKittrick, Jason Blum, Ian Cooper
  • Photographie : Mike Gioulakis
  • Montage : Nicholas Monsour
  • Décors : Ruth De Jong
  • Costumes : Kym Barrett
  • Musique : Michael Abels
  • Distribution : Universal Pictures International France
  • Durée : 1h56

 

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