Une vie cachée de Terrence Malick : critique 

Publié par Sévan Lesaffre le 11 décembre 2019

Synopsis : Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani, et ses enfants, Franz, enfermé en attendant son jugement, reste un homme libre. Une vie cachée raconte l’histoire de ces héros méconnus.

 

♥♥♥♥♥

 

Une vie cachee - affiche

Une vie cachée – affiche

Après une trilogie expérimentale vaporeuse et poétique (À la Merveille, Knight of Cups, Song to Song), le grand Terrence Malick (La Ligne Rouge, Le Nouveau Monde, The Tree of Life) revient à ses fondamentaux avec Une vie cachée, un dixième long-métrage gracieux et bouleversant inspiré d’une déchirante histoire vraie. Dans ce drame sur fond de Seconde Guerre mondiale, le cinéaste texan conte le destin et l’effroyable calvaire d’un paysan autrichien aux prises avec le nazisme. Niché dans un petit village au cœur des montagnes, Franz Jägerstätter, martyr méconnu – pourtant béatifié par Benoît XVI en 2007 – incarné avec talent et ferveur par l’acteur allemand August Diehl (Inglourious Basterds, Le Jeune Karl Marx, L’Empereur de Paris, Kursk), refuse de se battre et de se soumettre au régime hitlérien. Mari et père de trois filles, l’homme très religieux rejette les idéaux de l’occupant nazi qui annexe son pays en 1938. D’abord exclu de sa propre communauté, le farouche objecteur de conscience est fait prisonnier et attend une mort certaine, pendant que sa femme Fani, fabuleuse mère courage interprétée par la douce Valerie Pachner, continue de travailler la terre. Dans sa cellule, le paysan a plusieurs fois l’occasion de faire machine arrière, de reconnaître que son acte courageux de résistance le détruit, ses geôliers le pressant de se raviser, mais plongé dans sa lecture de la Bible, ce dernier est conforté dans ses certitudes. Franz Jägerstätter sera décapité le 9 août 1943.

 

August Diehl - Une vie cachee

August Diehl – Une vie cachée

 

Dès sa vertigineuse séquence d’ouverture tissée d’images d’archives, Une vie cachée, grand oublié du palmarès cannois, se construit comme la longue prière d’un homme dans la tourmente, l’inéluctable chemin de croix d’une figure christique mettant constamment au défi sa foi humaniste. Terrence Malick, qui, à travers cette lente agonie, revient ici à la narration linéaire, met en scène dans une nature sublime l’attente, l’absence, l’espoir, le doute et magnifie le combat spirituel de son personnage en citant La Ligne Rouge pour la correspondance d’un couple séparé par l’enfer de la guerre, néanmoins uni par un amour inconditionnel qui n’enferme jamais l’autre mais l’élève, puis Les Moissons du ciel pour le travail agricole ou encore The Tree of Life pour le rapport père/enfants.

 

Malick n’a rien perdu de sa maîtrise ni de sa virtuosité : fidèle à son style lyrique et allusif, le réalisateur révèle avec délicatesse l’itinéraire intérieur de Franz, sa famille, son labeur et sa dignité face à une adversité qui le contraindrait à trahir ses convictions. Ici, la mise en scène joue des ellipses comme pour dépeindre un bonheur pastoral en suspens. La caméra grand angle, qui observe la chute enténébrée de ce héros libre et de son paradis perdu à la lumière des saisons, tournoie dans de longs travellings et plans séquences, laissant au spectateur le temps d’admirer les somptueux paysages, et capture la moindre émotion, toujours juste, pure, envoûtante. Cette fresque tragique profondément touchante portée par la musique de James Newton Howard (Les Animaux fantastiques, Red Sparrow, Detroit) conserve la verve à la fois historique et mystique caractéristique du cinéma malickien.

 

Éblouissante quête métaphysique, véritable ode à la liberté intérieure, appel à la résistance et à la désobéissance civile, Une vie cachée poétise le parcours sacrificiel et la lutte acharnée d’un homme en crise tout en renvoyant aux plus belles œuvres de Malick.

 

 

 

  • UNE VIE CACHÉE (A Hidden Life)
  • Sortie : 11 décembre 2019
  • Réalisation : Terrence Malick
  • Avec : August Diehl, Valerie Pachner, Maria Simon, Tobias Moretti, Bruno Ganz, Matthias Schoenaerts, Karin Neuhäuser, Ulrich Matthes, Franz Rogowski, Karl Markovics, Michael Nyqvist, Johannes Krisch, Johan Leysen, Martin Wuttke, Waldemar Kobus, Sophie Rois, Alexander Fehling, Dimo Alexiev…
  • Scénario : Terrence Malick
  • Production : Josh Jeter, Grant Hill, Dario Bergesio, Elisabeth Bentley
  • Photographie : Jörg Widmer
  • Montage : Rehman Nizar Ali, Joe Gleason, Sebastian Jones
  • Décors : Sebastian T. Krawinkel, Yesim Zolan
  • Costumes : Lisy Christl
  • Musique : James Newton Howard
  • Distribution : UGC Distribution
  • Durée : 2h54

 

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