Ultras de Francesco Lettieri : critique

Publié par Erica Farges le 21 mars 2020

Synopsis : Un fanatique de foot d’un certain âge confronté à la réalité de son passé essaie tant bien que mal d’envisager un autre avenir pour lui-même et un jeune adepte.

♥♥♥♥

 

Ultras - affiche

Ultras – affiche

Après la production de plusieurs documentaires sur l’univers du foot, Netflix propose désormais d’explorer la discipline et ses groupes de supporters à travers la fiction. Sorti sur la plateforme le même jour que The English Game, minisérie du créateur de Downtown Abbey sur les débuts de ce sport, Ultras porte plutôt sur les groupes de supporters fanatiques et suit la quête rédemptrice de Sandro Mohicano (Aniello Arena). Le leader des Apaches, une bande d’Ultras du SSC Napoli, banni des stades suite à ses écarts de conduite, doit pointer au commissariat les jours de matchs. Aniello Arena (Reality, Dogman, Piranhas) interprète ce protagoniste déchiré entre sa fidélité aux Apaches et l’envie de mener une vie plus rangée. Parallèlement à ce cheminement personnel, se déroulent des tensions internes au sein de l’organisation dirigée par Mohicano, mais aussi des conflits avec les forces de l’ordre et d’autres communautés. Si ce sujet est ettement moins représentés que les Hooligans dans les films et séries, le cinéaste Ricky Tognazzi avait cependant déjà consacré un long-métrage à la culture Ultra. Cette œuvre a été récompensée d’un Ours d’argent à la Berlinale de 1991. Près de trente ans plus tard, le réalisateur Francesco Lettieri dépeint une Cité parthénopéenne, dont il est originaire, où vouer une passion collective sans limites à l’équipe locale est souvent la seule échappatoire à un environnement précaire pour de nombreux habitants masculins. Au-delà de la violence qui lui est fréquemment associée, cette famille de fans du ballon rond est une source de soutien, d’entraide et de solidarité. D’ailleurs, la sanction pénale lui interdisant d’assister aux matchs constitue une perte de repères identitaires et de convictions pour le personnage principal qui se retrouve face au défi de se découvrir une nouvelle vocation.

 

Ultras

Ultras

 

En même temps qu’il cherche à se stabiliser, Sandro prend sous son aile Angelo (Ciro Nacca), adolescent ayant perdu son grand frère dans des affrontements. Ce dernier est également confronté à un dilemme, celui de devoir choisir entre l’amitié avec son aîné et sa loyauté vis-à-vis des autres jeunes Apaches. Car, le groupe de fervents supporters est scindé par les rivalités entre les anciens et la nouvelle vague de membres. Le générique d’ouverture composé d’images d’archives où l’on voit Maradona sur le terrain et, surtout, beaucoup d’affrontements impliquant des Ultras, nous annonce d’emblée la charge historique que porte ce mouvement. Ainsi, la culture Ultra napolitaine est illustrée par ses relations intergénérationnelles et l’héritage qu’elle constitue, pouvant potentiellement aller jusqu’à s’ancrer dans un patrimoine.

 

Ultras

Ultras

 

Bien que toute inspiration de personnes ou faits réels soit niée par un texte introductif, les événements que l’on voit à l’écran présentent des similitudes avec une affaire qui a eu lieu il y a quelques années. En 2014, Ciro Esposito, un ultra napolitain a été tué par un ultra romain, ce qui avait déclenché un tourbillon de violences.

 

Avec une Naples déshéritée pour décor de fond, l’esthétique du film adopte un équilibre parfait entre réalisme et allures clipesques, étayées par la BO de Liberato, chanteur pop napolitain anonyme. Si ces visuels ne sont pas sans rappeler le film et la série Gomorra, c’est ici une autre facette de la ville qui est dévoilée. Le règne de la mafia laisse place au sentiment d’appartenance, d’identité, que représentent ces organisations de fanatiques de foot pour plusieurs Napolitains.

 

 

 

  • ULTRAS
  • Diffusion : 20 mars 2020
  • Chaîne / Plateforme : Netflix
  • Réalisation : Francesco Lettieri
  • Avec : Aniello Arena, Ciro Nacca, Simone Borrelli, Daniele Vicorito, Salvatore Pelliccia, Antonia Truppo, Alessandra D’Elia, Gennaro Basile, Antonio Russo, Pasquale Cerza
  • Scénario : Peppe Fiore
  • Production : Carlotta Calori, Francesca Cima, Nicola Giuliano, Giorgio Magliulo, Viola Prestieri
  • Photographie : Gianluca Palma
  • Montage : Mauro Rodella
  • Décors : Marcella Mosca
  • Costumes : Antonella Mignogna
  • Musique : Liberato

 

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