Synopsis : De Blanche-Neige à Maléfique, en passant par les Trois Mères de Dario Argento puis Minerva McGonagall dans Harry Potter, la représentation de la sorcière au cinéma oscille entre fascination et effroi. Dans un documentaire inédit, Sophie Peyrard interroge ce que la sorcière dit de chaque époque et comment elle raconte, en filigrane, une histoire sociale du pouvoir féminin, souvent écrasé, parfois glorifié.

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Les Sorciere a Hollywood

Les Sorcière à Hollywood

Proposé sur OCS Géants pour une soirée spéciale ce 12 avril, le documentaire accessible et inspirant de Sophie Peyrard, spécialiste de la contre-culture, du féminisme et de l’art, avec à la production Clara et Julia Kuperberg, revient sur une tranche de l’Histoire du cinéma en explorant l’évolution d’une figure mythique à l’écran : la sorcière. Un thème rebattu par toutes sortes de fictions, dont la réalisatrice souligne le potentiel et les usages, reflets de la représentation populaire des femmes et de leur place dans la culture comme dans la société. En alternant des extraits d’œuvres clé avec le commentaire de chercheuses, le film brosse de manière concise un portrait pluriel et savoureux de la sorcière de cinéma, du XXe au XXIe siècle. De l’hideuse mégère, à la beauté cruelle, en passant par l’épouse malicieuse et l’adolescente en pleine rébellion. Magicienne, puissante, sujette à fantasmes et craintes, celle-ci revêt de nombreuses formes. Un voyage des collines d’Hollywood jusqu’aux téléviseurs des Trente Glorieuses, qui revisite un panel de programmes incontournables pour rendre compte du formidable outil d’empowerment que continue d’être ce personnage façonné par le patriarcat au Moyen-Âge avec le Marteau des sorcières (Malleus Maleficarum), traité misogyne du XVe siècle, pour être finalement adopté par les féministes.

 

Blanche-Neige et les sept nains

Blanche-Neige et les sept nains

 

Au commencement étaient Walt Disney et Blanche-Neige et les sept Nains. Pour son premier long-métrage d’animation, le réalisateur pose en 1937 des codes qui deviendront fondateurs. D’une part, la séduisante Reine seule sur le trône, puis de l’autre, sa transformation en vieille femme décharnée, consumée par son ambition et son narcissisme. Jeunes filles et épouses sont prévenues, le pouvoir et la liberté sexuelle se paient au prix fort.

 

Deux ans plus tard sort Le Magicien d’Oz, production Mayer dans laquelle Glynda, la bienveillante Fée du Nord, s’oppose à la Méchante sorcière de l’Ouest, qui convoite la jeunesse de Dorothée et ses souliers de rubis rouges. Une polarité imprégnée de morale des années 1930 : « Ce sont les méchantes fées qui sont laides », s’esclaffe Glynda. Jalousie et vanité sont de vilains défauts qui nous rendent laides et acariâtres. Si l’effort de guerre mobilisant les femmes va changer la donne, c’est aux fourneaux qu’on les retrouve dès les années 1950. L’épouse ménagère et la magicienne se font face. Une rencontre que les cinéastes utilisent pour narrer le passage de l’impétuosité du célibat à la sagesse du mariage.

 

Diffusé dimanche dans la foulée du documentaire par OCS, L’adorable voisine, comédie de 1958 portée par Kim Novak, en est un bel exemple. Sorcière, l’héroïne perd ses pouvoirs lorsqu’elle tombe amoureuse. Un « luxe » qui dans son monde n’est réservé qu’aux mortelles. Autre symbole de ce tiraillement, Ma Sorcière bien-aimée raille gentiment la vie maritale d’une sorcière en ménage avec un homme banal. On pourrait croire la sitcom symbolique des sixties furieusement progressiste, mais son ironie a ses limites, puisqu’en définitive Samantha (Elizabeth Montgomery) ne fait jamais beaucoup de vagues.

 

Kim Novak - Ladorable voisine

Kim Novak – L’adorable voisine

 

Enfin, la libération sexuelle des années 1970 et 1980 encouragée par la contraception légale, va donner un coup de fouet à l’image de la sorcière, pour en faire un accessoire expérimental contre le puritanisme, surfant sur la tendance du satanisme alors en vogue. L’émancipation féminine par un érotisme exacerbé dans les films d’horreur de l’époque, comme chez Dario Argento, est toutefois discutable, puisque guidée par le regard masculin. Mais ce courant sulfureux va faire exploser le carcan de la sorcière pour l’amener à accepter ses dons et en jouer. Les teen-movies des années 1990 tels que The Craft (Dangereuse Alliance) se réapproprieront ainsi les codes du mythe populaire, faisant de l’occulte l’arme de jeunes femmes en passe de s’affirmer. 

 

Un passage de flambeau sciemment mené. Preuve en est, la foule de réécritures qui se bousculent sur les écrans, dont Maléfique, incarnée par Angelina Jolie, et prochainement le remake d’Hocus Pocus sur Disney+, convoquant la figure de la sorcière comme une résistante féministe, jadis chassée, désormais sur le pied de guerre. Sa hargne et sa marginalité tant dépréciées sont à présent sa force. En faisant volontairement l’impasse sur la veine contemporaine du cinéma d’horreur, qui présente la sorcière et plus généralement les entités féminines en créatures vengeresses autrefois torturées, le documentaire succinct vulgarise habilement le champ d’étude à part entière qu’est le féminisme dans la culture, faisant état de cette progression fulgurante qui ne cesse de faire des émules.

 

 

 

  • LES SORCIERES À HOLLYWOOD
  • Diffusion : 12 avril 2020 à 22h20 avec également au programme L’adorable voisine et Les Sorcières d’Eastwick
  • Chaîne / Plateforme : OCS Géants
  • Réalisation : Sophie Peyrard
  • Production : Clara et Julia Kuperberg de Wichita Films
  • Durée : 54 minutes

 

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