Exposition Louis de Funes - Cinematheque francaise

Exposition Louis de Funès – Cinémathèque française

À l’occasion de sa réouverture ce 15 juillet, la Cinémathèque française se pare des répliques cultes de Louis de Funès. La première exposition consacrée à l’énergie sans borne du monument comique français propose de décortiquer la singularité de son talent. Plongée au cœur de la mécanique bien huilée d’un virtuose du rire.

 

 

 

Exposition Louis de Funes

Exposition Louis de Funès à la Cinémathèque française – photo Joanna Wadel

« C’est fini oui ?! », « Ma biche ! », « Il en manque une ! », impossible pour beaucoup de lire ces répliques sans entendre la voix de Louis de Funès. Son timbre nasillard, ses gesticulations, sa mauvaise foi.

 

Qu’il soit patron, seigneur, paysan, critique culinaire, chef d’orchestre ou gendarme, le personnage de petit bonhomme dégarni, râleur et fier, tient une place particulière dans la DVD-thèque des Français. Le Corniaud, La Grande Vadrouille, La Folie des Grandeurs, La Soupe aux choux, grands classiques de son répertoire, battent encore des records d’audience à chaque rediffusion. Que l’on soit familier ou non de cet humour théâtral d’influence burlesque, chacun peut admettre que l’acteur fait aujourd’hui partie du patrimoine hexagonal. N’en déplaise à ses détracteurs, pour qui patrimoine rime avec lauriers.

 

C’est donc naturellement que la Cinémathèque française le célèbre, accueillant à compter du 15 juillet et jusqu’au 31 mai 2021, une exposition exceptionnelle dédiée à la carrière du comédien d’origine espagnole, et à son empreinte dans la culture populaire française de la seconde moitié du XXe siècle. L’événement est assorti d’ateliers, de conférences, et d’une rétrospective estivale de quelques 35 films. Deux dialogues avec Danièle Thompson, la fille de Gérard Oury, partenaire de l’exposition, se tiendront également à l’issue des projections des Aventures de Rabbi Jacob et du Corniaud, les 12 et 13 septembre (voir la programmation).

 

 

Pour la beauté du geste

 

Une exposition sur le jeu de Louis de Funès en 2020, qu’est-ce que ça donne ? Dans la veine de Comédies Musicales à la Philharmonie, pas question pour le commissaire Alain Kruger, producteur et journaliste, de proposer un décor figé peuplé d’archives en vitrine. Le cinéma, surtout de Funès, se regarde et s’écoute. Aussi est-on peu surpris d’entendre grouiller en fond sonore un flot d’extraits cultes, et d’être accueillis par les meilleures répliques du génie comique imprimées en couleurs sur un mur noir. D’autant plus si l’on se remémore le premier métier de « l’homme orchestre », passionné de musique, et pianiste de bar pendant la guerre.

 

Comme les initiés le savent, la prosodie de l’acteur et son sens du rythme font partie intégrante de ses performances millimétrées. En visitant la première section, le grand public aura l’occasion d’appréhender ces notions à travers une présentation ludique du personnage qu’a construit de Funès, et qui trouve ses racines dans le cinéma muet. Faire rire se travaille, et ce dernier ne lésinait pas sur la préparation. L’artiste polyvalent utilisait son corps et sa voix comme un instrument, dans la continuité de sa vocation pour le jazz. De Chaplin à Buster Keaton – qu’il n’appréciait pas, malgré son surnom de « Chaplin français » par le Times -, à Laurel et Hardy – ses modèles -, les vedettes du muet tapissent les premiers panneaux.

 

Des écrans comparent les gags mythiques des stars américaines avec ses grimaces, les contorsions faciales qui ont fait son succès et qu’il préférait qualifier d’ « expressions ». Au cœur de cette mise en bouche interactive, la cinéphilie de l’acteur. Son projecteur et sa collection de films en 8 mm qu’il visionnait en famille, issus du Musée Louis de Funès ouvert en 2019 à Saint-Raphaël, trônent dans l’entrée. Épris de burlesque, de Funès aurait voulu réaliser un muet. Des lettres de la main de l’acteur à Mylène Demongeot, sa partenaire de Fantômas, attestent de l’existence de ce projet qui, hélas, n’aura jamais vu le jour. Sa graphie a quelque chose d’émouvant. Le parcours recèle d’ailleurs d’un grand nombre d’archives signées par de Funès, que l’on découvre en zélé du détail, échangeant une multitude de notes en marge des tournages de Jean-Marie Poiré, Gérard Oury, Jean Girault et Claude Zidi. Une intransigeance pour le contrôle de la mise en scène qui le mènera à écrire son propre scénario original, juste avant sa mort en janvier 1983.

 

La suite, plus classique, invite le visiteur à plonger dans une rétrospective en relief, illustrée par un lot de coupures de presse, d’affiches, de décors, de croquis préparatoires, de photos et d’extraits vidéo, qui retracent la carrière du farceur ponctuée de grands opus. Plusieurs thématiques se détachent. Une mise en contexte historique mêle dates et chiffres clés. D’ascendance bourgeoise, Louis de Funès de Galarza naît en 1914 à Courbevoie. Ses parents sont contraints de quitter l’Espagne pour la France afin de vivre leur union, que désapprouve la famille de sa mère. Une série de clichés le montrent en pitre sur les bancs de l’école, puis aux côtés de sa femme, Jeanne. Le futur interprète à l’âme d’artiste se forme au conservatoire de musique dans les années 1940, et connaît une reconnaissance tardive à l’écran. Une ascension laborieuse dont témoigne son nom, mal orthographié dans l’annuaire de la profession, et le cumul de petits rôles qu’il enchaîne dans les années 40 et 50. La Cinémathèque rend hommage à ce segment méconnu de son parcours avec une boucle d’extraits de ses apparitions.

 

 

Zoom sur ses plus grands succès, des salles obscures aux téléviseurs

 

Mais de Funès, c’est avant tout du culte. Ses premiers succès – son rôle de Jambier aux côtés de Gabin dans La Traversée de Paris (1956), et surtout Pouic-Pouic en 1963, suivi de Fantômas et Les Gendarmes de Saint-Tropez (1964) – se mesurent en milliers de spectateurs dans les salles. La critique ne suit pas toujours, mais à défaut de se distinguer comme surdoué de la Nouvelle Vague, l’acteur s’impose rapidement comme une icône populaire, un roi du box-office, emblématique de la société en pleine évolution des Trente-Glorieuse. La DS de Fantômas, les téléviseurs hublots d’Oscar (1967), ou encore les moulages des immondes produits Tricatel, chaîne de restauration fictive de L’Aile ou la cuisse (1976), des reproductions inédites du mobilier et des accessoires de ses comédies proposées par les fabricants d’origine font écho aux progrès industriels de l’époque, moqués ou questionnés par ses films.

 

Une mise en parallèle originale qui pose de Funès en ambassadeur d’un cinéma de masse, dont les débuts coïncident avec l’essor de la société de consommation. Allègement des mœurs, assouplissement des modes de vie, Yéyés, anglicismes et autres tendances se reflètent dans sa filmographie. Changements face auxquels il incarne le réfractaire, sublimant à maintes occasions le contraste entre l’ancienne et la nouvelle France. Que l’on soit plutôt Saroyan (Le Corniaud), Don Salluste (La Folie des Grandeurs) ou Pivert (Les Aventures de Rabbi Jacob), la section consacrée à l’incontournable collaboration entre Gérard Oury et de Funès offre une riche collection de costumes, généreusement prêtés par Danielle Thompson, et d’archives variées pour tous les goûts.

 

Les coulisses de la conception de ces longs-métrages, grandes heures funésiennes, convoquent scènes et bandes originales cultes, qui continuent de rassembler : la fameuse séquence de « Salomon, vous êtes juif ?! », la bombe nichée dans le coussin à destination du roi d’Espagne, la robe portée par la Reine, inspirée par les tableaux de Velázquez, et le script de Rabbi Jacob maculé de chewing-gum vert, entre autres pièces présentées, ne manqueront pas de raviver de bons souvenirs.

 

 

Louis de Funès en mouvement

 

Une ultime section explore les accointances du comédien avec la danse et le théâtre. Son goût pour le comique de geste et de situation, le travestissement, sa manière d’occuper l’espace sont indissociables de bon nombre de ses rôles comme celui d’un directeur d’une compagnie de ballet dans L’homme orchestre (1970), où il s’essaie à la chorégraphie aérienne façon Broadway, Rabbi Jacob qu’il prépare en souhaitant danser « aussi bien que les danseurs juifs » et L’Avare (1980), adaptation du classique de Molière qu’il coréalise avec Jean Girault, et dans laquelle il porte une coiffe en plumes de paon.

 

Une performance saluée qui lui vaudra l’admiration du dramaturge Jean Anouilh, pour qui de Funès a foulé les planches dans plus de 200 représentations de sa pièce La Valse des toréadors, entre 1973 et 1974. La statue de cire du Maréchal Cruchot ferme la marche. Avec une reproduction murale affichée en ouverture qui rend compte de sa petite taille (1m64), elle matérialise la silhouette de l’acteur, qui aura su graver son image dans la culture française.

 

Plus qu’un hommage à l’un des grands maîtres de la comédie populaire, l’exposition Louis de Funès rappelle que l’acteur est l’un des derniers représentants d’un cinéma hérité du théâtre, créateur d’un personnage unique, qui dépasse le cadre des rôles et des films auxquels il a contribué.

 

 

 

  • Louis de Funès, l’exposition

  • Du 15 juillet 2020 au 31 mai 2021
  • Espace d’exposition de la Cinémathèque
  • Du 15 juillet au 30 août
  • Du mercredi au dimanche de 11h à 20h
  • Fermeture les lundis et mardis
  • Du 02 septembre au 31 mai
  • Les lundis, mercredis, jeudis, vendredis de 12h à 19h
  • Fermeture les mardis
  • Les samedis de 11h à 22h et dimanches de 11h à 20h

 

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