Résumé : Consacrée par Gilda, Rita Hayworth a suscité nombre de fantasmes. Beaucoup se sont penchés sur son parcours pour raconter l’histoire de cette déesse de l’amour. Le documentaire inédit de Julia Kuperberg et Clara Kuperberg se propose de lui rendre la parole tout en décrivant ce que cela signifiait d’être une actrice de type hispanique à Hollywood dans les années 1940. Comment a-t-elle fait pour survivre dans ce monde patriarcal, “wasp” et abusif ?

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Rita Hayworth creation dun sex-symbol- affiche

Rita Hayworth. Création d’un sex-symbol- affiche

Connue comme la Love Godness (Déesse de l’Amour) par les spectateurs, Rita Hayworth pourrait se présenter comme l’une des illustrations les plus exemplaires du vedettariat manufacturé made in Hollywood. Ce documentaire, réalisé par Julia et Clara Kuperberg (déjà autrices d’un certain nombre de documentaires consacrés à Hollywood) et diffusé sur OCS, revient sur les traits les plus saillants et les zones d’ombre de la star de Gilda et de La Dame de ShanghaiNée Margarita Carmen Cansino, la jeune actrice subit une transformation physique poussée pour intégrer le gotha d’Hollywood. Modification de la coupe et de la couleur de cheveux, perte de poids, changement de patronyme… Rita devient la nouvelle créature d’une cinématographie marquée par la toute-puissance des studios. Après plusieurs apparitions dans des petites productions, c’est sous l’égide de la Columbia et du tyrannique Harry Cohn qu’elle s’affirme comme l’une des étoiles montantes de la Cité des Anges. Si à l’écran ce sont ses talents de danseuse qui sont d’abord valorisés, le studio prend soin de formater son image publique à travers une campagne médiatique impressionnante. Son célèbre cliché en négligé pour Life magazine fait de Hayworth l’égérie des G.I. partis sur le front de la Seconde Guerre mondiale, une image fantasmatique d’érotisme et de sensualité que concrétisera tout à fait sa célèbre danse du gant dans Gilda.

 

Rita Hayworth - Gilda

Rita Hayworth – Gilda

 

Le documentaire retrace donc l’ensemble de la carrière de la star, faisant de celle-ci le symptôme d’une époque. Son déclin, la voyant sombrer dans l’alcoolisme et les troubles de la maladie d’Alzheimer, croise ceux de Marilyn Monroe ou de Judy Garland. Loin de l’image de la séductrice qui fut véhiculée par ses films les plus populaires, les intervenants insistent sur la personnalité timide et extrêmement sensible de l’actrice. De fait, les productions sont revus à la lumière de cette identité contradictoire. On retiendra ainsi les belles analyses de Gilda qui insistent sur la nécessité de dépasser le simple archétype de la femme fatale pour réhabiliter toute l’ambiguïté émotionnelle du personnage. Les qualités d’actrice de Hayworth se révèlent plutôt dans ses productions des années 1950 : L’Enfer des tropiques et surtout Ceux de Cordura à propos duquel le documentaire insiste à juste titre sur la représentation inédite des corps fatigués soumis à la nécessité de l’abandon tragique.

 

Rita Hayworth et Orson Welles - La Dame de Shanghai

Rita Hayworth et Orson Welles – La Dame de Shanghai

 

Si le documentaire flirte souvent avec la tendance révisionniste propre au regain des gender studies au sein de l’analyse du corpus du classicisme hollywoodien, on doit lui accorder de ne jamais céder à la tentation du glamour. Les histoires d’amour de Hayworth (Orson Welles, Ali Kahn) répondent évidemment présentes, mais la narration prend soin de ne pas insister sur leur valeur romanesque, préférant les situer dans le contexte d’une vie au morcèlement édifiant. Bien que le style de jeu de Hayworth ne soit pas étudié dans le détail (que ce soit par les propos des intervenants ou par les extraits de films sélectionnés), on retiendra l’intérêt des quelques documents d’archive qui ponctuent le montage, permettant de saisir toutes les nuances de celle qui fut bien plus qu’une énième idole sacrifiée sur l’autel de la gloire hollywoodienne.

 

 

 

  • RITA HAYWORTH, LA CRÉATION D’UN SEX-SYMBOL
  • Diffusion : à partir du 8 novembre 2020 à 22:20
  • Chaîne / Plateforme : OCS Géants
  • Réalisatrices : Julia et Clara Kuperberg
  • Avec : Molly Haskell, Tony Maietta et Caren Roberts-Frenzel (intervenants)
  • Productrices : Julia et Clara Kuperberg
  • Photographie et son : Martin Ehleben et Victor O’Frank
  • Montage : Julia et Clara Kuperberg
  • Durée : 55 minutes

 

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