Livre / C’était Kubrick : critique

Publié par Jacques Demange le 8 avril 2021

Résumé : Le réalisateur culte, le reclus le plus célèbre et secret du 7e art, l’autodidacte de génie : rarement réalisateur se sera autant dérobé derrière sa légende que Stanley Kubrick. Manquait donc un portrait à hauteur d’homme, réalisé par l’un des rares privilégiés ayant appartenu au cercle très fermé des proches de l’artiste : Michael Herr, qui fut son ami, confident et collaborateur pendant près de vingt ans, était sans doute l’un des seuls à pouvoir s’acquitter de cette tâche délicate. Revenant sur près de cinquante ans de carrière, de polémiques et de malentendus, mêlant souvenirs, anecdotes et analyses, Herr livre une biographie sensible du cinéaste tel qu’il l’a côtoyé.

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Cetait Kubrick - livre

C’était Kubrick – livre

Reporter et écrivain, l’américain Michael Herr est principalement connu pour son incontournable ouvrage sur la guerre du Vietnam, Dispatches (traduit en français sous le titre Putain de mort). En qualité de scénariste, il participa à l’écriture de Full Metal Jacket (1987), un projet qui lui permit de goûter aux méthodes de travail de Stanley Kubrick. Au-delà de cette collaboration professionnelle, les deux hommes entretinrent une relation d’amitié qui fonde l’origine de ce court ouvrage de souvenirs publié pour la première fois en 2000, quelques mois après la mort du cinéaste. Moins qu’un portrait à proprement parler, c’est une vision que nous livre Herr. Forcément parcellaire et partial, le regard que jette le journaliste sur son ami profite néanmoins d’une certaine lucidité. Cherchant à battre en brèche les idées reçues, les préjugés et les malentendus qui se sont, au fil des écrits et des anecdotes, superposés à la figure de Kubrick, Herr prouve que humanité et légende peuvent parfois s’accorder et faire bon ménage. L’image d’un Kubrick impitoyable, maniaque du contrôle et obsédé par son ambition de perfection ne disparaît pas totalement mais se voit approfondie par une mise en contexte qui, sans s’abandonner aux déterminismes psychanalytiques de l’enfance (pourtant évoquée ici et là), éclaire les raisons de ce comportement jusqu’au-boutiste. Herr rappelle d’abord que l’appétit de Kubrick ne fut jamais le résultat d’une simple attitude égocentrique mais relevait d’un authentique besoin de savoirs qui le vit ingérer nombre d’informations, essentielles ou factuelles, pour parvenir à en récupérer la sève et la réemployer à bon escient. Cette curiosité qui le voyait s’intéresser à différents domaines (de la technologie à la culture populaire en passant par la philosophie, l’Histoire, la mythologie et la littérature) explique sans doute ses attentes vis-à-vis de ses collaborateurs de création.

 

 Obsédé par le détail, Kubrick ne pouvait totalement déléguer une partie de son film à une tierce personne, qu’il s’agisse de la lumière, de la musique, de l’interprétation, ou même de la promotion. La belle écriture de Herr décrypte les traits de la personnalité cinéaste à travers différentes analyses de son œuvre que soutient l’évocation de nombreuses anecdotes ainsi que la présence de quelques photographies d’archive.

 

En s’attardant sur un motif (la photographie) ou sur un film en particulier (les magnifiques pages consacrées à Eyes Wide Shut), l’auteur propose une définition de l’œuvre kubrickienne comme animée par la dynamique du rêve. Entre le caractère irrépressible du pulsionnel et le lyrisme troublant d’incertitudes qui caractérise l’état du songe, Herr perçoit Kubrick comme une sorte de Roi pêcheur, l’un des derniers représentants d’une génération qui croyait encore aux puissances enfouies de l’Art, se présentant comme le seul antidote possible au déclin culturel de notre civilisation. 

 

 

 

  • C’ÉTAIT KUBRICK
  • Auteur : Michael Herr
  • Éditions : Séguier
  • Date de parution : 8 avril 2021
  • Langues : français et anglais (sous le titre Kubrick, paru en 2000 chez Picador)
  • Format : 112 pages
  • Tarifs : 14,90 € (print)  – 10,99 € (numérique

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