VOD / Sans aucun remords de Stefano Sollima :  critique

Publié par Jacques Demange le 30 avril 2021

Synopsis : Un marine des forces spéciales découvre une conspiration internationale alors qu’il cherche à obtenir justice pour le meurtre de sa femme enceinte.

♥♥♥♥♥

 

Sans aucun remords - affiche

Sans aucun remords – affiche

Avec son nouveau film, le réalisateur italien Stefano Sollima (A.C.A.B. ; Suburra ; Sicario : La Guerre des cartels) prouve à nouveau sa maîtrise des motifs et tropes du cinéma d’action américain. Au programme de Sans aucun remords : une vengeance qui se déguste à grands renforts de coups de feu et de combats à mains nues. À priori donc, la nouvelle distribution des studios Amazon ne risque pas de transcender notre quotidien de spectateurs (re)confinés. C’est en fait sur le mode de l’indirect que le film parvient en partie à nous convaincre, offrant une sorte d’état des lieux d’un des genres les plus politiquement correctes du cinéma hollywoodien. Dans Sans aucun remords, le doute n’a presque pas sa place. La mise en scène est aussi lisible que le scénario prévisible (Tom Clancy touch oblige). Cette régularité dans la conduite du drame a ceci d’agréable qu’elle permet de valoriser les quelques modifications qui altèrent son cours. Ainsi de la description des opérations militaires qui substitue aux traditionnelles frappes massives une stratégie d’infiltration et d’exfiltration privilégiant la discrétion sur la déflagration outrancière. L’action n’est évidemment pas absente mais favorise la rapidité de l’exécution et le bruit feutré des silencieux sur l’habituelle dilatation du régime spectaculaire. La chose était déjà vraie dans Tenet (2020), même si Nolan avait eu l’intelligence de réfléchir cette condensation du mouvement en en faisant l’un des enjeux de son discours audio-visuel.

 

Michael B Jordan - Sans aucun remords

Michael B Jordan – Sans aucun remords

 

C’est ici que pour Sollima le bât blesse. Se refusant à désorienter l’ordonnance de son récit, le réalisateur semble se complaire dans la reprise des archétypes. Le retour de la menace russe s’accompagne d’une mise en cause plus générale concernant les agissements du gouvernement américain (ou tout du moins de certains de ses membres corrompus). Nulle critique ici mais la tentative, sans cesse reconduite, de définir la nature du vrai héros national. L’amertume de la vengeance est bien vite remplacée par une quête de vérité apte à redonner du sens à la fibre patriotique. La machination avance pour ainsi dire à découvert et l’on se surprend à deviner le dénouement d’une scène avant même que celle-ci soit apparue à l’écran.

 

Si originalité il doit y avoir, celle-ci se situerait plutôt du côté de la distribution du film. Signe des changements en cours, le rôle du gradé militaire revient à une actrice (afro-américaine de surcroît) dont le crâne rasé affirme l’heureuse présence d’une nouvelle féminité. Limitée à un registre monolithique, Jodie Turner-Smith peine pourtant à s’imposer et se voit rapidement reléguée à l’arrière-plan. C’est donc à Michael B. Jordan d’occuper, seul, le devant de la scène. Pour beaucoup, l’acteur se présente comme l’une des nouvelles grandes figures du cinéma contemporain.

 

Sans aucun remords

Sans aucun remords

 

Depuis son interprétation du boxeur Adonis Creed dans Creed : L’Héritage de Rocky Balboa (2015), il est vrai que le visage de Jordan est devenu familier du grand public, rapidement tombé sous le charme de son charisme naturel. Si les aptitudes de l’acteur sont réelles (ses interprétations dans Fruitvale Station [2013] et La Voie de la justice [2019] suffisent pour le prouver), on se demande si le danger ne réside pas pour lui dans l’absence de prise de risques.

 

À l’instar de Sidney Poitier dont avait pu critiquer le caractère lisse et conventionnel de ses rôles (remarque qui mériterait pourtant d’être nuancée), Michael B. Jordan se prête un peu trop à la fonction du citoyen au-dessus de tout soupçon. Nouveau héros de la cause individualiste, l’acteur semble avoir beaucoup de peine à se renouveler. Là où Denzel Washington (qui dirigera son cadet dans son prochain film, A Journal for Jordan, dont la sortie est prévue pour la fin d’année) avait su enrichir sa persona d’homme d’action en incarnant des faiblesses toutes humaines, Jordan se laisse quelque peu engloutir par l’universalité de valeurs que d’aucuns aimeraient croire éternelles.

 

Sans aucun remords s’inscrit donc dans une certaine tendance du cinéma américain contemporain, prônant le changement sans pour autant abandonner ses habitudes d’hier. Ce constat invite à la réflexion et se présente comme la première raison de découvrir le film.

 

 

 

  • SANS AUCUN REMORDS (Without remorse)
  • Diffusion : 30 avril 2021
  • Plateforme / Chaîne : Amazon Prime
  • Réalisation : Stefano Sollima
  • Avec : Michael B. Jordan, Jodie Turner-Smith, Jamie Bell, Guy Pearce, Lauren London, Jack Kesy, Jacob Scipio, Todd Lasance, Lucy Russell, Cam Gigandet, Luke Mitchell…
  • Scénario : Taylor Sheridan et Will Staples, d’après le roman de Tom Clancy
  • Producteurs : Akiva Goldsman, Michael B. Jordan, Josh Appelbaum, André Nemec
  • Photographie : Philippe Rousselot
  • Montage : Matthew Newman
  • Musique : Jón Þór Birgisson
  • Durée : 110 minutes

 

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