Livre / Le charme discret des séries : critique

Publié par Jacques Demange le 26 août 2021

Résumé : Netflix, PrimeVideo, MyCanal, Disney+…, les abonnements à ces plateformes de streaming grimpent en flèche et les addictions suivent. Ces séries auxquelles nous sommes devenus accros ne sont pas neutres. Il ne s’agit pas seulement d’un loisir. Elles font bouger nos représentations sans que nous nous en rendions compte. Pour le meilleur ou pour le pire. Mieux informés, nous pourrions mieux décider de nous laisser endormir ou de nous réveiller.

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Le charme discret des series - livre

Le charme discret des séries – livre

Envisageant les séries comme un phénomène social aux consonances politiques, Virginie Martin, professeure et chercheuse à la Kedge Business School, se propose de décrypter les mutations de notre pratique de consommateur d’objets audio-visuels. La multiplication des plateformes de streaming et de VOD, ainsi que la crise du Covid-19, ont en effet favorisé un nouveau type de rapports avec le récit feuilletonesque. Le concept de « soft power », qui considère la production culturelle d’un pays comme un nouvel outil de conquête et de domination, permet à l’auteure de reconsidérer les moyens de création et les contenus des séries à la lumière d’un jeu d’influences aux ramifications plurielles. Dépassant les limites des frontières, s’offrant à toutes et à tous à tout moment, les productions sérielles font de leur accessibilité le moyen le plus sûr de soutenir le sous-discours idéologique qui nourrit leurs fictions. L’originalité et l’ouverture aux différences identitaires (de la communauté LGBT+ à la condition des animaux dans Zoo) dont font preuve les séries contemporaines reposent sur la reprise de stéréotypes qui concernent à la fois la typologie des personnages et l’environnement sociologique qui détermine leurs relations. S’inscrivant dans une perspective propre aux gender et cultural studies, l’étude se propose de distinguer les apports et les écueils de certaines des productions les plus prisées de nos petits écrans. Si Orange Is the New Black, Crazy Ex-Girlfriend, Jane the Virgin, Scandal ou encore Damages contribuent à placer les personnages féminins à l’avant-plan, la figure robotique (Real Humans ; Love, Death and Robots ; Better than Us…) semble relancer les stéréotypes sous couvert d’un argument posthumaniste.

 

L’intérêt de l’ouvrage est de ne pas se limiter aux seules séries anglo-saxonnes ou occidentales. Les productions brésiliennes, sud-coréennes, japonaises, turques, indiennes, ou même nigérianes sont ainsi prises en compte, redéfinissant les contours culturels et économiques de la cartographie géopolitique. Ce corpus pléthorique prend pourtant le risque de la généralité.

 

Si la problématique civilisationnelle de l’ouvrage se révèle particulièrement stimulante (ainsi de la représentation d’une Europe fracturée que l’auteur analyse finement à travers les exemples de Years and Years et Tribes of Europa), ses réflexions initiales sur les hypothétiques méfaits de la cadence infernale imposée aux scénaristes auraient mérité d’être approfondies. S’il est évident que la reproductibilité ne peut que nuire au travail de création, la prise en compte de formats singuliers (série d’anthologie ou minisérie) impose de relativiser ce constat.

 

La présence de cinéaste consacrés (David Fincher, Steven Soderbergh, Todd Haynes, Steve McQueen…) capables de conférer une identité visuelle à la production sérielle permet par ailleurs de mettre en cause la suprématie du contenu qui détermine l’orientation générale de l’ouvrage. Reste que c’est pas son esprit de synthèse que l’écrit de Virginie Martin tire son épingle du jeu. À la fois clairs et précis, rigoureux mais accessibles, ses propos incitent à reconsidérer l’impact des séries sur notre environnement social et politique.

 

 

 

  • LE CHARME DISCRET DES SÉRIES
  • Autrice : Virginie Martin
  • Éditions : Humensis
  • Date de parution : 25 août 2021
  • Langues : Français uniquement
  • Format : 224 pages
  • Tarifs : 16 €

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