Trance de Danny Boyle : critique

Publié par Nathalie Dassa le 22 avril 2013

Commissaire-priseur expert dans les œuvres d’art, Simon se fait le complice du gang de Franck pour voler un tableau d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Dans le feu de l’action, Simon reçoit un violent coup sur la tête. À son réveil, il n’a plus aucun souvenir de l’endroit où il a caché le tableau. Ni les menaces ni la torture ne lui feront retrouver la mémoire. Franck engage alors une spécialiste de l’hypnose pour tenter de découvrir la réponse dans les méandres de l’esprit de Simon…

 

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Après avoir organisé à merveille la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’été de 2012 à Londres et mis en scène une relecture de FRANKENSTEIN au théâtre, le réalisateur britannique éclectique de Transpotting et de Slumdog Millionaire, couronné par huit Oscars, revient avec un thriller psychologique nerveux qui explore les ressources et les tréfonds de la mémoire humaine. Un dixième long-métrage plutôt sexy et tripal, issu d’une filmographie tout aussi riche et ouverte à tous les genres ; de la comédie dramatique à la science-fiction en passant par le survival. Mais pour le réalisateur présent à Paris pour l’une des conférences de presse à laquelle nous avons pu assister, Trance marque surtout un retour aux sources de ses premières œuvres, à la patte bien certifiée boylienne, s’entremêlent ici l’art, l’hypnothérapie, la manipulation, le sexe, la violence et le crime. Car si la profondeur du récit, construit dans un puzzle scénaristique, n’est pas aussi transcendantal et passionnant qu’un INCEPTION (notre critique) ou un Eternal Sunshine of the Spotless Mind, il possède cependant ce je-ne-sais-quoi d’hypnotique qui capte l’auditoire dès la séquence d’ouverture du braquage lors d’une vente aux enchères ultra sécurisée au rythme trip hop de Hold my Hand d’UNKLE. Danny Boyle parvient à donner, avec un certain brio, une raison plausible à toutes ces évidences qui se dévident tout au long de ce maelström narratif à rebondissements multiples et aux révélations successives, établis sur différents niveaux de conscience.

 

 

Si certains spectateurs peuvent déconnecter, Trance s’apprécie pourtant sans déplaisir et se perçoit comme un jeu d’esprit ou un casse-tête psychologique plutôt enthousiasmant qui joue entre rêve, fantasme et réalité. Plusieurs mérites lui reviennent, notamment grâce à l’image glacée parfois floutée mais toujours intense et aux couleurs saturées d’Anthony Dod Mantle (Slumdog Millionaire), et à la bande son de Rick Smith (Trainspotting) qui s’harmonise avec la musique électro pop/rock. Mais c’est aussi grâce à la solide performance du trio d’acteurs, et plus particulièrement celle de Rosario Dawson, qui n’a jamais été aussi resplendissante à l’écran. Son personnage est le véritable point névralgique de l’intrigue de cette histoire noueuse, coécrite par John Hodge et Joe Ahearne, d’après son téléfilm anglais éponyme diffusé en 2001, où l’on suit Simon (James McAvoy), un expert en œuvres d’art complice d’un gang mené par Franck (le charismatique Vincent Cassel), incapable de se souvenir où il a caché un tableau inestimable de Goya après un violent coup reçu sur la tête qui le rend amnésique. La portée du film prend ensuite une dimension plus facétieuse et ironique lorsqu’il accepte, après avoir subi différentes tortures du gang, de faire une hypnothérapie avec Elizabeth (Rosario Dawson), certainement l’une des hypnotiseuses les plus emballantes du cinéma, qui va ici jusqu’à exposer l’intimité de son anatomie comme objet (d’art) sexuel. Dans la tentative de cette femme – dont on ne sait rien de prime abord – de trouver les réponses dans les méandres de l’esprit du personnage de James McAvoy – passant du naïf au paranoïaque dangereux -, Danny Boyle dénoue progressivement le fil du récit révélant les pièces du puzzle jusqu’à l’acte final.

 

 

Suspicions, manipulations, mensonges, violence, rivalité sexuelle, enjeux sentimentaux et motivations personnelles, Trance nous emporte dans un tourbillon d’excentricités visuelle, sonore et spirituelle. A l’instar de La Plage ou de 127 HEURES (notre critique), le cinéaste manipule son œuvre comme une sorte de produit marketing en multipliant les artifices entre flashbacks à répétition, plans subjectifs décadrés, montage nerveux, musique survoltée et scénographie jouant avec les effets de lumière et de couleurs et les surfaces réfléchissantes. S’il remplissait l’espace et l’intériorité des deux personnages livrés à eux-mêmes dans les deux films précités, il brouille ici les perceptions du spectateur dans les différentes phases de rêves et de réalité. Mais c’est aussi ce qu’on peut reprocher à Trance. D’en faire souvent trop, laissant au final une sensation de vide dans cette orchestration, pourtant intéressante et libératrice, au sein de ce triangle vicieux plongé dans l’instabilité et l’inconscience de l’être humain…

 

 

 

TRANCE de Danny Boyle en salles le 8 mai 2013 avec James McAvoy, Rosario Dawson, Vincent Cassel, Danny Sapani, Matt Cross, Wahab Sheikh, Mark Poltimore. Scénario : John Hodge, Joe Ahearne. Producteurs : Danny Boyle, Christian Colson. Photographie : Anthony Dod Mantle. Compositeur : Rick Smith. Montage : Jon Harris. Décors : Dominic Capon. Costumes : Suttirat Anne Larlarb. Effets Spéciaux : Richard Conway. Distributeur : Pathé. Durée : 1h35.

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