Munich de Steven Spielberg - affiche

Munich de Steven Spielberg – affiche

CC : Y a t-il de fortes contraintes au niveau des demandes d’autorisation de tournage et de logistique ? Pour celui de Lucy, Luc Besson a réussi à faire bloquer la rue de Rivoli pendant plusieurs jours…

ORV : Nous avons un atout très considérable à Paris : la préfecture de police garantit la mise en sécurité des tournages dans le processus de délivrance d’une autorisation. Au sein de la préfecture de police, il y a un service ‘prise de vues’ qui sait organiser au mieux les tournages. Et pourtant, nous avons été confrontés à certains problèmes. Lorsque Steven Spielberg a tourné Munich, le studio lui a imposé Prague pour bénéficier du crédit d’impôt hongrois. À l’époque, nous n’en avions pas alors qu’en Hongrie il était déjà de 20%. Mais Spielberg tenait à Paris pour le besoin de son scénario. Il a fini par obtenir l’accord du studio au dernier moment. Le fait d’apprendre tardivement qu’il souhaitait filmer une scène importante sur le pont de Bir-Hakeim, nous avons du alerter la préfecture de police pour fermer toutes les voies d’accès au pont et dégager les deux journées de tournage nécessaires. Depuis que la commission du film existe, on a posé de nombreux problèmes à la préfecture de police avec des scènes compliquées à tourner, et à chaque fois, ils ont trouvé une solution. Je leur suis très reconnaissant. Car même dans les situations les plus complexes comme l’état d’urgence actuellement, la préfecture de police considère que cela ne doit pas avoir d’incidence sur l’organisation des tournages.


CC : La Cité du Cinéma est-elle devenue un plus depuis son inauguration, vis-à-vis des nombreux tournages étrangers (Les Schtroumpfs 2, Taken 2 et 3…) ?

ORV : C’est évidemment un atout majeur puisque nous manquons de grands studios en Ile-de-France. La France en possède 80, les Anglais en ont 150. Besson a eu la vertu de convaincre les uns et les autres d’anticiper l’arrivée de cette production internationale en créant de nouveaux équipements et de nouveaux studios. Le tournage de la série du Bureau des Légendes s’est déroulé durant quatre mois sur trois plateaux de la Cité du Cinéma, avec une construction de décors adaptée, ce qui a permis ce rythme de production ; condition essentielle pour pouvoir réaliser une saison par an et qu’elle réussisse. Une série comme Les Revenants, ayant mis deux ans pour revenir sur le petit écran, ne peut pas réussir aussi bien. C’est un atout considérable et il faut se féliciter de l’investissement. Sur l’engagement de Besson, des investisseurs ont pu rendre possible la création de ces studios, souvent pleins et qui vont l’être de plus en plus, avec des productions internationales. Car avec le crédit d’impôt compétitif, ils n’ont plus de problèmes de plans de charges devant eux.

 

Valerian de Luc Besson - poster teaser

Valerian de Luc Besson – poster teaser

CC : Selon certaines sources, le crédit d’impôt a d’ailleurs évolué notamment grâce à l’intervention de Luc Besson pour le tournage de Valerian. Que pouvez-vous nous dire sur cette évolution ?

ORV : Nous sommes dans un contexte international où l’activité de production audiovisuelle et cinématographique peut aller d’un pôle à un autre. Elle a beaucoup évolué ces dernières années ; Hollywood a perdu sa prééminence au bénéfice de Londres qui a mis en place une politique très volontariste, à savoir générer de l’activité et créer de l’emploi. Pour cela, ils ont utilisé le levier fiscal de manière très efficace en mettant en place un crédit d’impôt très stable sans seuil, ni plafond. Le message est très bien passé à Hollywood au point que l’année dernière, dix blockbusters hollywoodiens ont été tournés à Londres, dont Star Wars : Le Réveil de la Force. Cela a généré deux milliards d’euros d’activité pour la place de Londres. De notre côté, nous réclamions depuis des années des pouvoirs publics français qu’ils fassent aussi bien que nos amis britanniques, pour jouer sur une concurrence égale. Nous avons obtenu un premier crédit d’impôt en 2009 à 20%, plafonné à un niveau de dépenses qui nous interdisait d’accéder aux grosses productions hollywoodiennes. Nous sommes le seul pays au monde qui plafonne les investissements étrangers alors que tous les autres crédits d’impôt sont sans plafond partout ailleurs. Après de nombreux débats et grâce à Patrick Bloche, le président de la commission Culture à l’Assemblée Nationale, nous avons eu une réforme du crédit d’impôt qui est entrée en vigueur au 1er janvier 2016. Il est à 30%, toujours plafonné mais à 30 millions d’euros. Cela permet enfin de collaborer avec des superproductions. Nous sommes maintenant vraiment compétitifs au regard de nos amis britanniques ou allemands. De plus, le crédit d’impôt pour les productions françaises a été aligné sur celui des productions étrangères. Celles au budget supérieur à 10 millions d’euros se faisaient à l’étranger. L’idéal est d’attirer à la fois les productions internationales, tout en gardant nos grosses productions. La voix de Luc Besson porte bien sûr, car c’est le premier à avoir créer un modèle industriel pour la production cinématographique française. Il réalise des films conçus pour le marché mondial : Taken et Lucy se sont hissés en tête du box office américain. Il a toujours privilégié les investissements en France avec la Cité du Cinéma. Mais nous étions nombreux à faire cette analyse ; tous les gros budgets du cinéma français se faisaient à l’étranger, ce qui posait évidemment problème. Heureusement les pouvoirs publics ont décidé d’agir, ce qui permet à Besson de tourner Valerian en France.

 

Minuit à Paris - affiche

Minuit à Paris – affiche

CC : Toutes ces superproductions américaines qui ont pu être tournées en partie en France, comment les avez vous gérées ? On pense notamment à Hunger Games 4 à Ivry-sur-Seine, qui aurait dépassé les 35 millions d’euros et représenterait la première production de 2014. Mais aussi à Woody Allen avec Minuit à Paris en 2010, ou encore à Da Vinci Code…

ORV : Ce fut de bonnes expériences, ces films ont toujours bénéficié de l’apport des décors parisiens, des talents, des compétences et des savoir-faire. Minuit à Paris a été une formidable expérience. Woody Allen est venu avec une équipe ultra réduite ; son décorateur et chef opérateur sont français. Toutes les équipes étaient françaises. Il était extrêmement heureux des conditions de travail et du résultat. Le film est son plus gros succès international et américain. Hunger Games a également été une grande aventure ; il s’agissait de décors inédits situés à Ivry, Noisy-le-Grand et Voisins-le-Bretonneux dans les Yvelines. Ce film marque la réussite d’une recherche artistique originale et exigeante. Da Vinci Code nous a permis d’établir une relation de travail très privilégiée avec le musée du Louvre. Ce fut un grand chantier d’expérience qui nous appris à nous organiser pour exploiter un tel lieu.

 

CC : Le marché asiatique est en pleine expansion et certaines de leurs productions s’intéressent aussi de plus en plus à la France. Comment parvenez-vous à les convaincre de tourner dans la capitale ? 

ORV : Nous nous rendons en Asie une fois par an, au FilmArt, festival de remise des prix du cinéma asiatique, qui est le lieu privilégié pour rencontrer du monde et identifier les projets en amont. Nous essayons d’organiser une conférence pour présenter nos décors, les films tournés à Paris avec les réalisateurs. J’avais présenté au public de Hong Kong La Guerre est déclarée avec Valérie Donzelli, qui découvrait le système de santé en France. Cela a donné lieu à un débat formidable. C’est une opération que nous pratiquons en Chine mais aussi à Hollywood, deux fois par an. Nous faisons en sorte d’être disponibles pour les nombreux cinéastes chinois qui viennent à Paris. Actuellement, nous avons à peu près une dizaine d’équipes chinoises en repérage.

 

Le Bureau des Légendes - affiche

Le Bureau des Légendes – affiche

CC : Vous avez également lancé Direct to Series à Los Angeles en octobre dernier pour non seulement promouvoir les lieux de tournage en France mais aussi vendre les séries françaises à l’international, car elles sont encore peu visibles sur le territoire américain. Comment en êtes-vous arrivé à créer cet événement ? Les retombées furent-elles à la hauteur de vos attentes ?

ORV : Nous devons trouver des partenaires car pour le moment nous sommes seuls avec nos amis de l’ambassade de France aux États-Unis et la CACD. Nous avons fait l’avant première de Versailles avec les scénaristes. Ce fut formidable car les Américains ont vu comment de grands scénaristes pouvaient magnifier de grands décors. Ils ont pris connaissance de la richesse et de la qualité de l’offre. Nous avons également présenté plusieurs autres séries en avant-première, très différentes, mais qui en disent long sur les savoir-faire de l’ensemble de la profession. Nous avons présenté Le Bureau des Légendes avec la présidente de la Cité du Cinéma. Le point de vue des Américains a évolué au regard de tout ce que nous pouvions offrir comme organisation de production pour une série. Nous avons aussi présenté Trépalium, une série d’anticipation qui sera diffusée bientôt sur Arte. Remarquable, elle prouve qu’avec un budget très serré, un scénario très inventif et un recours à la 3D doublé d’une articulation décor réel/ virtuel très efficace, on parvient à produire un effet spectaculaire. Cet événement a fortifié notre réseau et nos contacts, permis d’identifier les projets en amont et les convaincre de venir à Paris. Nous avons deux séries américaines importantes qui vont poser leurs caméras dans la capitale cette année, que je ne peux hélas pas encore citer.

 

CC : Quels sont les sites de tournages les plus plébiscités en France ?

ORV : Pour l’Ile-de-France, c’est bien sûr Versailles avec 130 journées de tournage l’année dernière : un film américain, un film japonais et une série à grand spectacle. Puis, le Louvre, les quais de Paris, le parvis des Libertés sur la place du Trocadéro, c’est le meilleur endroit pour filmer la tour Eiffel. Il y a également Auvers-sur-Oise, car Van Gogh est toujours présent.

 

CC : Que proposez-vous comme aides particulières pour un jeune réalisateur qui veut tourner son court ou long métrage dans la capitale ?

ORV : Comme je vous le disais, c’est gratuit de tourner sur la voirie de Paris. Mais nous avons aussi une forte contribution des techniciens français au développement des courts métrages qui aident les jeunes cinéastes à monter leur premier projet. Nous les aidons aussi au niveau des décors. Nous travaillons avec la Cinéfondation qui, chaque année, reçoit en résidence de jeunes cinéastes qui sont souvent de grands talents ; nous sommes d’ailleurs très heureux que Laszlo Nemes soit aux Oscars avec Le Fils de Saul, deux ans après son séjour à Paris. Nous proposons donc à ces cinéastes de la Cinéfondation un programme de découverte de la région, de la culture et des décors. On les emmène à Versailles, Orsay ou sur d’autres lieux qui peuvent les nourrir. On conforte leur envie de tourner à Paris pour qu’ils reviennent. Et ils reviendront d’autant plus que le cadre est bien plus propice aujourd’hui.

 

Nicolas Colle

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