Paris Images Digital Summit 2017

Paris Images Digital Summit 2017

Yann Marchet du Paris Images Digital Summit, l’une des cinq manifestations du PITS dont CineChronicle est partenaire, évoque ici la force et les avancées du savoir-faire français dans les VFX, les objectifs futurs et l’évolution des GENIE Awards dont les invités d’honneur cette année sont Joe Letteri, pionnier des effets spéciaux chez WETA Digital, et Pierre Buffin, fondateur de BUF Compagnie. Entretien.

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Yann Marchet

Yann Marchet

CineChronicle : Comment est né le Paris Images Digital Summit et en quoi consiste votre rôle ?

Yann Marchet : Dans le cadre de mes activités en tant que directeur marketing et communication à la Commission du Film, nous avons créé voici deux ans le Paris Images Digital Summit qui s’inscrit dans un projet plus global du Paris Images Tradeshow. Je gère la programmation et les différents événements dont les GENIE Awards au centre des Arts d’Enghien-les-Bains.

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CC : Quels sont ces différents événements ?

YM : Des études de cas, des conférences, la Job Fair (plate-forme de recrutement pour les sociétés), le PIDSViz pour faciliter les rencontres en amont entre les sociétés VFX et les producteurs et réalisateurs de longs métrages en développement. Le PIDS est un lieu de réflexion pour les enjeux techniques, créatifs et industriels. Il montre les mutations et les hybridations du secteur car les métiers sont en train d’évoluer. Différentes séquences sont mises en places car l’événement se déroule sur quatre journées : promotion/célébration de l’industrie des effets visuels à travers les GENIE Awards, deux journées de conférences avec des études de cas sur les grands films (cette année Rogue One, Passengers, Seuls de David Moreau, Fan de Maneesh Sharma) et des tables rondes sur les enjeux de l’année. Puis, des événements ouverts au grand public, avec une avant-première (cette année le film d’animation Sahara de Pierre Coré) et la soirée dédiée à Joe Letteri et à son GENIE d’honneur. Ce pionnier des effets visuels chez Weta Digital travaille actuellement sur Valerian et la Cité des Mille Planètes de Luc Besson et les trois prochains opus d’Avatar mais il a fait une très grande carrière avec Peter Jackson. Le film projeté lors de la soirée des GENIES sera d’ailleurs le premier volet de The Hobbit, au format originel HFR 3D, 48 images par seconde. La salle d’Enghien-les-Bains est équipée.

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CC : Il y a d’ailleurs une avancée au niveau des effets numériques, du matériel mais les salles de diffusion ne suivent pas toujours…

YM : C’est tout l’enjeu de l’industrie : continuer à innover au niveau sonore et visuel, tout en montrant le show à un large public dans les conditions les plus diverses possibles. Le problème, c’est la rapidité des évolutions technologiques et la capacité des salles qui ne peuvent pas systématiquement s’engager car le matériel coûte très cher. Certaines sociétés ont renouvelé leur parc en 2K alors qu’il faut déjà passer en 4K et s’équiper de nombreux autres dispositifs. Mais Gaumont a ouvert une nouvelle salle IMAX dans Paris avec toutes les nouvelles technologies du cinéma, comme une sorte de laboratoire.

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Avatar - affiche

Avatar – affiche

CC : Vous décernez donc le GENIE d’Honneur à Joe Letteri, qui succède à Denis Murren, l’homme aux 9 Oscars. Comment se font vos choix ?

YM : Il y aura même deux GENIES d’honneur, avec Pierre Buffin, fondateur de BUF Compagnie. Il travaille depuis trente ans avec les plus grands réalisateurs du monde et a toujours apporté une véritable vision aux effets visuels. Parmi ses nombreux projets, il collabore d’ailleurs actuellement avec David Lynch sur la série Twin Peaks. Nous essayons ainsi de décerner un GENIE à la fois étranger et français. Cette soirée a d’abord pour vocation de donner une visibilité aux talents et aux sociétés. L’année dernière, les deux cofondateurs de MacGuff, qui ont lancé la branche Illumination MacGuff avec les grands succès d’animation que l’on connaît, recevaient également ce prix, aux côtés de Denis Murren. On continue donc sur ce même principe. Ce choix est fait grâce au comité éditorial qui se réunit régulièrement tout au long de l’année. Ce prix est décerné à une personnalité ayant contribué au développement de l’industrie du cinéma et de renouveler la création cinématographique. Mais parmi d’autres critères de sélection figure également une shortlist de personnes que l’on rêve d’avoir. À l’instar de Dennis Murren chez ILM, Joe Letteri fait partie de notre panthéon. Un inventeur qui apporte des solutions techniques pour rendre possible des choses extrêmement complexes. Son travail sur les Na’vi dans Avatar et la bioluminescence lors des scènes aquatiques est impressionnant. Le rendu fut le même sur les films de Peter Jackson. Joe Letteri comme Dennis Murren et Neil Corbould sont à la fois des créateurs, des artisans, des inventeurs qui se mettent au service d’un regard, d’une vision qui est celle du cinéaste.

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CC: Quelles sont les répercussions pour tous les gagnants ?

YM : Je suis agréablement surpris de voir que les sociétés communiquent sur les GENIES qu’ils ont obtenu et ce, même sur les nominations. Nous avons eu le cas récemment après avoir révélé les nommés 2017 ; les sociétés ont diffusé plusieurs communiqués et newsletters. Les répercussions sont donc très positives pour plusieurs raisons. C’est un milieu très talentueux et créatif, mais il a un vrai déficit de visibilité, tant au niveau des professionnels, qui ne perçoivent pas toujours l’importance du secteur, que du grand public. On prend donc les devants par rapport au César des meilleurs effets visuels. Les GENIES Awards sont une manière de récompenser l’industrie. La seconde raison est de créer une communauté, un moment où l’on peut rassembler les métiers et les productions à travers cette soirée. La troisième est de valoriser l’excellence du savoir-faire français.

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Valerian - affiche

Valerian – affiche

CC: Selon vous, quelles sont les raisons pour lesquelles l’Académie des César n’a toujours pas intégré la catégorie des meilleurs effets visuels aux César ? La création du César de l’Animation a fini par être accordée, suite à la pétition et la lettre ouverte lancées en février 2010.

YM : L’Académie serait mieux à même de pouvoir répondre. Mais il est vrai que c’est un secteur qui existe depuis près de trente ans. Il a pris pleinement sa dimension depuis une quinzaine d’années, au milieu des années 1990, avec La Cité des enfants perdus, Les Visiteurs… C’est un art aujourd’hui intégré aux productions. C’est sans doute sa jeunesse, toute relative, qui rend difficile le rajout d’un prix, sachant que les César se battent pour que la cérémonie ne dure pas trop longtemps. Il faut aussi laisser le temps aux professionnels d’intégrer ces métiers. Les effets visuels ont plusieurs problématiques, comme celle d’être considérée comme une prestation, un outil de post-production au même titre que certains travaux de laboratoire. Or, il y a une approche artistique très forte, mais elle n’est pas forcément identifiée comme telle. Car soit le besoin dans le cinéma français n’est pas significatif dans ce domaine, soit il y a une méconnaissance de cet univers. Le Paris Images Digital Summit et les GENIE Awards ont donc été créés pour pallier ce déficit. En revanche, les effets visuels sont beaucoup utilisés dans la publicité, il n’y a qu’à voir les demo reel des studios spécialisés. Les prestations d’envergures sont moindre dans les longs métrages. Il faut aussi développer un cinéma en France où les éléments visuels soient au service de la mise en scène. Il y a cependant des tentatives grâce à Jean-Pierre Jeunet, Christophe Gans, Jan Kounen… Je pense que ces raisons font que ce n’est pas une priorité pour les César et ce, même si le cinéma d’auteur et les films à moyen et petit budget utilisent les effets visuels. C’est ce que le PIDS tente de faire savoir à travers cette remise de prix. Les VFX ne sont pas seulement un outil de création mais aussi une aide à la production. En les intégrant dès l’étape de pré-production et en collaborant avec l’ensemble des équipes de tournage, c’est une manière de faire des choix, de réduire les budgets et de trouver des solutions. Ce n’est pas un élément supplémentaire mais central. La previs a notamment apporté cela, pour contourner le fameux « Bref, on verra ça en post-production ». Je pense que cette réflexion parviendra à intégrer, du moins on l’espère, un César des meilleurs effets visuels. Les GENIE Awards et ce César seraient donc complémentaires.

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