It Comes At Night de Trey Edward Shults : critique

Publié par Camille Carlier le 19 juin 2017

Synopsis: Alors que le monde est en proie à une menace terrifiante, un homme vit reclus dans sa propriété totalement isolée avec sa femme et son fils. Quand une famille aux abois cherche refuge dans sa propre maison, le fragile équilibre qu’il a mis en place est soudain bouleversé.

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It comes at night - affiche

It comes at night – affiche

Après le succès de Krisha, réalisé en 2015 et couronné du Prix de la Critique du Festival de Deauville, le jeune mais non moins talentueux Trey Edward Shults choisit de nous plonger cette fois dans l’horreur, la vraie. It Comes At Night s’inscrit comme un argument de plus dans la mouvance actuelle d’un cinéma d’horreur intelligent et réjouissant qui peut tout à fait s’affranchir de gros budgets. À l’instar de Get Out de Jordan Peele, de Grave de Julia Ducournau ou de l’excellent It Follows de David Robert Mitchell, cette nouvelle réalisation est un aller simple perturbant en train fantôme. Sur la base d’un contexte de fin du monde aux circonstances obscures – un virus mortel à l’incubation lente et une menace tapie dans la forêt -, Shults nous propose une sorte de huis clos entre deux familles qu’enflamme l’instinct de survie. Très vite, un constat s’impose. L’horreur de It Comes At Night ne tient pas tant dans les rares scènes effrayantes, auditives et visuellles, propre au genre, que dans l’action et les choix des personnages. Et si la toile de fond est apocalyptique, c’est davantage pour sonner le glas de leur humanité propre. Le récit laisse des zones d’ombre et ne cherche pas à expliquer ou clore les portes ouvertes par le scénario. En cela participe l’effet de déstabilisation que l’on ressent tout au long du film, renforcé par les ingrédients qui rendent la peur effective. Tout d’abord, les décors on ne peut plus efficaces. Une grande maison faite d’un bois qui craque, aux fenêtres et portes condamnées à l’exception d’une seule. Une porte rouge qui peut faire trembler ceux qui ont vu Insidious. La forêt se fait hostile, vaste et mystique.

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It comes at night

It comes at night

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Le processus d’engagement est intelligent, tout est mis en place pour que le cerveau reptilien du spectateur s’éveille, persuadé d’un danger imminent. Le peur est permanente et trouve son origine dans tout ; la contamination, l’agression, l’incertitude sur des gens que l’on a laissé entrer chez soi. Chaque plan est l’occasion d’un doute ou d’une sensation d’être observé, à la manière d’un Evil Dead de Sam Raimi ou bien de Le Village de M. Night Shyamalan. La déstabilisation est renforcée dans le rythme contrasté d’une oeuvre d’épouvante où les premiers moments de détente, et même d’humour, basculent rapidement dans la paranoïa. Les jeux d’ombre et l’utilisation de la lumière sont particulièrement efficients. Durant les scènes nocturnes, l’oeil n’a alors accès qu’à ce que la lampe nous donne à voir, nous rendant tributaires de l’utilisation qu’en fait le personnage. C’est également la stimulation de cette peur primitive du noir qui fait le succès de It Comes At Night. La nuit n’est plus ce moment de repos salvateur mais synonyme de cauchemars à répétition pour Travis (Kelvin Harrison Jr.), à travers qui l’on vit l’action.

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C’est par son regard et son émotivité que l’on constate que quelque chose s’est brisé chez les autres. Son père Paul (Joel Edgerton) et sa mère Sarah (Carmen Ejogo) ne souhaitent plus prendre le moindre risque. Edgerton est impeccable en père de famille, jadis professeur d’histoire qui, pour préserver sa famille, est prêt à tous les sacrifices. Le réalisateur n’explique pas les épreuves qui les ont menés à agir de la sorte. Le regard se fait dialogue dans It Comes At Night. Le spectateur est invité à se faire sa propre analyse de ce qui est dit dans les mots et signifié par les yeux. Les mouvements de caméra sont élégants, propices aux tergiversations des personnages et la mise en scène encadre avec pertinence une véritable évolution des deux familles. Le final dans lequel aucun mot n’a besoin d’être dit est un rappel à une scène de rituel familial, filée tout au long du film. It Comes At Night est un conte horrifique efficace dont on peut tirer une certaine morale. L’autre pourrait être soi. Une fois que le germe du doute est posé, tout dans le film semble mener à une impasse à la mexicaine, peut-être rendue possible par un malheureux concours de circonstances.

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  • IT COMES AT NIGHT écrit et réalisé par Trey Edward Shults en salles le 21 juin 2017.
  • Avec: Joel Edgerton, Carmen Ejogo, Christopher Abbott, Riley Keough, Kelvin Harrison Jr…
  • Production: David Kaplan, Andrea Roa
  • Photographie: Drew Daniels
  • Montage: Matthew Hannam, Trey Edward Shults
  • Décors: Karen Murphy
  • Costume: Meghan Kasperlik
  • Musique: Brian McOmber
  • Distribution: Mars Films
  • Durée: 1h37

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