Wind River de Taylor Sheridan : critique

Publié par CineChronicle le 30 août 2017

Synopsis : Cory Lambert est pisteur dans la réserve indienne de Wind River, perdue dans l’immensité sauvage du Wyoming. Lorsqu’il découvre le corps d’une femme en pleine nature, le FBI envoie une jeune recrue élucider ce meurtre. Fortement lié à la communauté amérindienne, il va l’aider à mener l’enquête dans ce milieu hostile, ravagé par la violence et l’isolement, où la loi des hommes s’estompe face à celle impitoyable de la nature.

♥♥♥♥♥

 

Wind River - affiche

Wind River – affiche

Le silence et la neige, on pourrait reprendre ces paroles exhalées des lèvres du personnage interprété par Jeremy Renner pour décrire ce second long métrage réalisé par Taylor Sheridan, scénariste de Comancheria et de Sicario. Exercice facile, mais auquel on ne peut échapper à la suite de la projection de ce très bon thriller glacial. Véritables leitmotivs, ils définissent les destins des habitants de Wind River ; l’intrigue, la vie, la mort. C’est le cœur de l’œuvre, ce qui en fait son attrait magnétique, et sa limite. Une jeune femme est retrouvée morte dans la neige par un chasseur local, on découvre rapidement qu’elle a été victime d’un viol et a péri de froid en voulant s’échapper. Une novice du FBI mais à la tête dure est chargée de l’enquête. Elle s’appuie alors sur les connaissances du chasseur pour l’assister dans une tâche qui s’enlise sous l’épais manteau blanc du Wyoming. La traque qui anime le récit se mêle à l’âpreté du climat et à la solitude des habitants. Chacun est seul, en particulier dans la réserve, maigre bout de territoire laissé aux Amérindiens. Ennui et pauvreté s’empilent au reste ; on y survit ou on y meurt. La prison paraît la seule alternative pour certains, recroquevillés dans des caravanes délabrées, rongés par la drogue. La caméra ne s’y attarde pas plus, elle effleure du regard des conditions égales pour tous. La dureté vrille à l’obsession, celle de la nature qui l’exige des hommes. Chacun y répond comme il peut. L’enquête s’ancre ans ce paysage dont l’élégance glaciale est sublimée par les plans aériens usés à l’envi par le réalisateur. Wind River a remporté le Prix de la Mise en Scène au dernier Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard. Il s’avère évident que Taylor Sheridan n’a pas volé sa distinction du printemps, même si une répétition s’installe malgré tout. Les motoneiges parcourent les montagnes sur un fond sonore dicté par la voix profonde de Nick Cave, qui compose la bande originale avec Warren Ellis.

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Wind RiverWind RiverWind RiverWind River

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Un sentiment de vide s’installe aux détours des flancs montagneux et le film peine à retrouver son rythme. Car ici l’ambiance prédomine, encore une fois, le réalisateur lui confie l’histoire. L’expérience reste néanmoins convaincante, d’autant que l’alchimie fonctionne entre les deux Avengers que sont Jeremy Renner et Elisabeth Olsen. Ils incarnent tous deux force et fragilité. Elles se matérialisent dans la lutte face à une terre inhospitalière, pour l’une, et dans un passé dont les traces tardent à s’évanouir, pour l’autre. Ils avancent néanmoins. Cette volonté anime les deux personnages, et le duo marche d’un même pas dans cette histoire qui s’inspire tristement de faits réels. Nous sommes loin du thriller psychologique, d’une machination invraisemblable, ou certains classiques Whodunit. On contemple, on accompagne les protagonistes jusqu’à la révélation finale qui achève le voyage. Si on arrive relativement indemne, ce n’est pas pour autant un long fleuve tranquille, et certaines scènes éclatent à la face du spectateur et remuent les tripes. Le réalisateur nous invite à surplomber une terre où l’on n’est jamais réellement les bienvenus. Nous sommes les invités indiscrets d’un drame qui nous immerge dans les conditions âpres des Amérindiens de l’Amérique contemporaine. Des laissés pour compte d’une société qui regarde ailleurs. Cette dépossession résonne fortement avec les évènements de Standing Rock, la lutte d’une tribu sioux contre l’installation d’une pipeline dans le Dakota qui s’est achevé par la victoire du lobby pétrolier. Prêt à retirer ce qui leur reste, le silence et la neige.

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Thomas Danger

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  • WIND RIVER
  • Sortie salles : 30 août 2017
  • Réalisation : Taylor Sheridan
  • Avec : Jeremy Renner, Elisabeth Olsen,  Graham Greene, Kelsey Asbille, Jon Bernthal, Julia Jones, Gil Birmingham, Teo Briones
  • Scénario : Taylor Sheridan
  • Production : Matthew George, Basil Iwanyk, Peter Berg, Wayne Rogers
  • Photographie : Ben Richardson
  • Montage : Gary D. Roach
  • Décors : Cynthia A. Neibaur, Neil Spisak
  • Costumes : Kari Perkins
  • Musique : Nick Cave, Warren Ellis
  • Distribution : Metropolitan FilmExport
  • Durée : 1h50

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