Si Beale Street pouvait parler de Barry Jenkins : critique

Publié par Erica Farges le 30 janvier 2019

Synopsis : Harlem, dans les années 70. Tish et Fonny s’aiment depuis toujours et envisagent de se marier. Alors qu’ils s’apprêtent à avoir un enfant, le jeune homme, victime d’une erreur judiciaire, est arrêté et incarcéré. Avec l’aide de sa famille, Tish s’engage dans un combat acharné pour prouver l’innocence de Fonny et le faire libérer…

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Si Beale Street pouvait parler - affiche

Si Beale Street pouvait parler – affiche

Barry Jenkins, récompensé il y a deux ans par l’Oscar du meilleur film pour Moonlight, réalise la deuxième version cinématographique de Si Beale Street pouvait parler. En effet, l’ouvrage éponyme de James Baldwin, auteur préféré du cinéaste, avait déjà donné lieu à À la place du cœur de Robert Guédiguian, une libre adaptation française datant de 1998. L’homme de lettres redécouvert récemment avec le documentaire I Am Not Your Negro retraçant la lutte des Afro-Américains pour les droits civiques à partir de son texte inédit Remember This House, écrit le roman alors qu’il est exilé en France suite aux assassinats d’autres figures importantes de la cause Noire dans les années 1960. Le récit se déroule intégralement à Harlem où est né James Baldwin. Pourtant, Beale Street fait référence à une rue historique de Memphis, considérée comme le berceau du Blues et symbole de la lutte des afro-descendants pour leur liberté, annonçant ainsi la dimension universelle de la romance intime. Aussi touchant que bouleversant, l’émotion est mise au cœur de Si Beale Street pouvait parler avec des acteurs qui donnent vie aux émotions de manière crédible. Piliers porteurs essentiels, les deux amants Tish et Fonny sont respectivement interprétés par Kiki Layne, qui assure ici sa première apparition importante à l’écran, et Stephan James (Homecoming, La Couleur de la victoire, Selma). Certains rôles secondaires se distinguent également comme celui de Regina King (The Leftovers, American Crime, Southland) en mère aimante et dévouée de l’héroïne qui s’avère occuper une position clé dans l’intrigue. L’actrice avait été absente du cinéma pendant près de dix ans pour se consacrer plutôt aux séries. Après de nombreuses récompenses pour ses interprétations télévisées, Regina King remporte un Golden Globe avec cette dernière prestation.

 

Si Beale Street pouvait parler

Si Beale Street pouvait parler

 

L’empreinte personnelle de Jenkins se ressent sûrement moins que dans son long-métrage précèdent avec un sujet qui lui paraît moins familier, l’époque et l’environnement où se passe Si Beale Street pouvait parler étant inconnus au réalisateur, alors que Moonlight avait pour décor son quartier natal. Cependant, le cinéaste parvient à revisiter brillamment le récit en le magnifiant d’une poésie caractéristique pleine de sensibilité. On retrouve les regards caméra lors des gros plans sur les visages des protagonistes et de leurs proches, la narration filmique non-linéaire construite en va-et-vient, l’importance de la figure maternelle, la présentation distante de ceux qui viennent chambouler la vie des héros, une volonté de s’affranchir des stéréotypes, la photographie lumineuse de James Laxton (Moonlight, Medicine for Melancholy) jouant sur les contrastes de couleurs, ainsi que la musique mélodieuse de Nicholas Britell (Moonlight, Twelve Years a Slave, The Big Short).

 

Si Beale Street pouvait parler possède une aura propre. Notamment, grâce à la voix off de Tish reprenant des passages de l’œuvre littéraire pour représenter le point de vue de Baldwin, ainsi qu’à l’esthétique qui s’agrémente de touches seventies ancrant les images dans une période précise tout en étant ponctuée par des photos en noir et blanc, témoignages de l’héritage historique porté par les personnages. Véritable message d’amour et d’espoir, Si Beale Street pouvait parler est une adaptation léchée pleine de délicatesse qui rend un hommage sincère à l’auteur de l’œuvre originale. 

 

 

 

  • SI BEALE STREET POUVAIT PARLER (If Beale Street Could Talk)
  • Sortie salles : 30 janvier 2019
  • Réalisation : Barry Jenkins
  • Avec: Kiki Layne, Stephan James, Regina King, Colman Domingo, Teyonah Parris, Michael Beach, Aunjanue Ellis, Dave Franco, Diego Luna, Pedro Pascal, Ebony Obsidian, Dominique Thorne, Ed Skrein, Brian Tyree Henry, Finn Wittrock, Emily Rios
  • Scénario : Barry Jenkins
  • Production: Barry Jenkins, Adele Romanski, Sara Murphy, Dede Gardner, Jeremy Kleiner
  • Photographie : James Laxton
  • Montage : Joi McMillon et Nat Sanders
  • Décors : Mark Friedberg
  • Costumes : Caroline Eselin-Schaefer
  • Musique : Nicholas Britell
  • Distribution : Mars Films
  • Durée : 1h59

 

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