Roubaix, une lumière de Arnaud Desplechin : Critique

Publié par Garance Lunven le 23 août 2019

Synopsis : À Roubaix, un soir de Noël, Daoud le chef de la police locale et Louis, fraîchement diplômé, font face au meurtre d’une vieille femme. Les voisines de la victime, deux jeunes femmes, Claude et Marie, sont arrêtées. Elles sont toxicomanes, alcooliques, amantes…

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Roubaix une lumiere - affiche

Roubaix une lumière – affiche

Cette année, la Croisette a été embrasée par le souffle de la révolution et des questions sociales. En témoigne le premier long-métrage de Ladj Ly Les Misérables, salué par la critique pour son hyperréalisme frappant et sa condamnation des violences policières. Un face-à-face manichéen entre forces de l’ordre et jeunes des banlieues auquel Arnaud Desplechin a choisi de résister dans son dernier film présenté au Festival de Cannes Roubaix, Une Lumière. Pour le réalisateur originaire de la région, il est hors de question de céder aux dichotomies convenues. À travers un polar noir, il jette la lumière sur la misère sociale d’une ville où la violence prévaut, sans pour autant dessiner des tranchées. Ici, les vices ne relèvent pas d’un genre ou d’une couleur, mais davantage d’une humanité perdue. Seul le commissaire Daoud (Roschdy Zem), personnage quasi prophétique, échappe à la misanthropie de Desplechin. Solitaire, empathique, doux, Daoud entre en scène un soir de Noël. Il est comparable à un protagoniste durassien, qui demeure énigmatique et dont ne sait que peu de choses, si ce n’est son origine algérienne et son déchirement familial. Face à ce policier rayonnant contraste le duo de femmes pécheresses Marie et Claude, jouées respectivement par Sara Forestier (Le nom des gens) et Léa Seydoux (La Vie d’Adèle, Spectre). Accusées du meurtre de leur voisine, une dame âgée sans histoire, elles subiront un interrogatoire corsé en quête de la vérité.

 

Roubaix une lumiere

Roubaix une lumiere

 

Le film est inspiré d’un fait divers macabre, déjà relaté par Mosco Boucault dans le documentaire Roubaix, commissariat central. Affaires courantes, diffusé sur France 3 en 2008. Couple de paumées, portées sur la bouteille et visage cerné, les deux femmes se livrent une joute sans merci pour survivre. Ce qui donne lieu à un cercle d’aveux et de contradictions qui s’avère parfois frustrant. Leur lutte s’inscrit dans un darwinisme social brutal qui éclipse tout sentiment affectif. Mais là où Ken Loach fait du rapport de classe son propos principal, avec Moi, Daniel Blake, ou Sorry we missed you lui aussi présenté à Cannes, Desplechin nuance cette question. Bien que motivé par la pauvreté, le crime puise son origine dans une impulsion qui va au-delà du symptôme social.

 

Les racines du mal résident dans les comportements humains de Marie et Claude. On ne peut d’ailleurs s’empêcher d’exécrer le personnage de Léa Seydoux, habile manipulatrice, qui semble prendre un plaisir sadique à accuser son amante. Tandis que Marie incarne presque une martyre, aveuglée par son admiration pour Claude, mais réalisant trop tard qu’elle doit sauver sa peau. Plusieurs indices disséminés ça et là, qu’ils soient le fruit de l’héritage judéo-chrétien du réalisateur ou bien totalement maîtrisés, permettent d’ailleurs de faire une lecture religieuse du film. Notamment à travers le personnage de Louis Coterelle, jeune flic interprété par Antoine Reinartz (120 battements par minute, Doubles Vies), et dont on soupçonne une vocation ecclésiastique avortée. Deux professions pour lesquelles la confession intervient comme le moment paroxystique de leurs pratiques.

 

Roubaix une lumiere

Roubaix, une lumiere

 

Cette interprétation religieuse est renforcée par l’esthétique de Roubaix, une Lumière, dont la colorimétrie sombre évoque à certains égards le feu et l’enfer. Cheminées fumantes, froid implacable, le passé de ville industrielle de Roubaix se cache dans les recoins obscurs des coupes-gorges encerclés par les maisons de briques rouges. Un portrait roubaisien peu reluisant, quoique fidèle, à travers la routine du commissariat local. Roubaix, une Lumière n’est donc ni totalement un polar, ni totalement un film réaliste, mais prend davantage des allures de conte philosophique hybride.

 

Garance Lunven

 

 

 

  • ROUBAIX, UNE LUMIERE
  • Sortie salles : 21 août 2019
  • Réalisation : Arnaud Desplechin
  • Avec : Roschdy Zem, Sara Forestier, Léa Seydoux, Antoine Reinartz, Chloé Simoneau, Betty Cartoux, Jérémy Brunet, Stéphane Duquenoy
  • Scénario : Arnaud Desplechin et Léa Mysius
  • Production : Pascal Caucheteux et Olivier Père
  • Photographie : Irina Lubtchansky
  • Montage : Laurence Briaud
  • Décors : Toma Baquéni, Sylvain Malbrant, Stéphane Thiébaut
  • Costumes : Nathalie Raoul
  • Musique : Grégoire Hetzel
  • Distribution :  Le Pacte 
  • Durée : 1h59

 

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