1917 de Sam Mendes : critique

Publié par Joanna Wadel le 17 janvier 2020

Synopsis : Pris dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale, Schofield et Blake, deux jeunes soldats britanniques, se voient assigner une mission à proprement parler impossible. Porteurs d’un message qui pourrait empêcher une attaque dévastatrice et la mort de centaines de soldats, dont le frère de Blake, ils se lancent dans une véritable course contre la montre, derrière les lignes ennemies.

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1917- affiche

1917- affiche

La Première Guerre mondiale, en transversal. Couronné de deux Golden Globes, en lice pour les Oscars avec dix nominations, 1917 de Sam Mendes s’impose déjà comme un grand film de guerre. C’est aussi, et surtout un opus dramatique hors pair. Il faut admettre qu’avec son hyperréalisme, ses plans séquences immersifs, sa direction artistique sublime et son scénario romanesque, 1917 réunit tous les critères pour s’inscrire dans la nouvelle veine du genre. Contrairement aux fresques du XXe siècle, peuplées de grandes figures, le film de guerre actuel s’ancre toujours plus dans le réel et privilégie les sujets rares ou méconnus, pour raconter la grande Histoire par la petite. Une perspective qui sied au regard d’auteur, comme l’ont prouvé Steven Spielberg avec Cheval de Guerre, Christopher Nolan avec Dunkerque, ou encore David Ayer avec Fury. En partant du désir d’adapter les récits que lui racontait son grand-père Alfred H. Mendes, jeune soldat de Première classe dans l’armée britannique, le réalisateur narre une tranche de vie dans le chaos de l’année 1917, celle de Will Schofield (George MacKay) et Tom Blake (Dean-Charles Chapman), deux combattants anglais chargés par leur général (Colin Firth) d’une mission périlleuse : traverser les lignes allemandes pour livrer un message à l’unité du Colonel Mackenzie (Benedict Cumberbatch) et empêcher la mort de 1.600 hommes – auxquels les ennemis ont tendu un piège en feignant de se retirer. Une course contre la montre à travers le conflit qui bat son plein, au sol comme au ciel, et permet à Mendes de plonger au cœur de la Grande Guerre, en arpentant les décors dévastés et fascinants du Front de l’Ouest.

 

George MacKay - 1917 de Sam Mendes

George MacKay – 1917 de Sam Mendes

 

Dès son premier mouvement, la caméra colle aux pas des deux héros, qui ne s’arrêteront qu’une fois leur mission accomplie. Comme l’a voulu le cinéaste, le plan-séquence – composé de longues prises – épouse le point de vue des soldats pour une immersion continue et intense, explorant différents aspects de la guerre, vécue de l’intérieur par ses protagonistes – et par extension, le spectateur. Du microcosme des tranchées qui s’organise par secteurs, à la boue d’un no man’s land fantomatique, jonché de chars et de cadavres, en passant par les ruines d’une France rurale vidée de ses habitants, la reconstitution édifiante du film offre un spectacle d’envergure, qui capte l’essence de cette guerre truffée de paradoxes.

 

Des hommes impliqués mais conscients des ravages d’un conflit qui s’éternise, des héros de la Somme pour qui les médailles ne valent plus une gorgée de vin, une jeunesse abîmée, précipitée dans l’âge adulte, et un ordre décisif qui se révèle n’être qu’un soubresaut tactique, permettant aux Anglais d’être parés pour la bataille d’Arras deux jours plus tard. Sam Mendes atteint son but premier, celui de relater la réalité de la Première Guerre et de ses acteurs, au stade d’avril 1917, où la désillusion gagne du terrain, et l’entraide effectue quelques percées.

 

1917 de Sam Menes

1917 de Sam Menes

 

Mais là où excelle le réalisateur, c’est dans sa façon de sublimer le contraste, nous gratifiant d’une expérience visuelle à couper le souffle, notamment grâce au talent de son directeur artistique Dennis Grassner (Blade Runner 2049), qu’il retrouve après Les Sentiers de la perdition et Skyfall, et de l’excellente photographie de Roger Deakins, qui l’avait épaulé pour Les Noces Rebelles. Car 1917 fera date, non seulement pour la justesse de son témoignage historique, mais parce qu’il est un incroyable oxymore, un très beau film de guerre. Des termes opposés, qui pourtant définissent l’univers que parvient à créer Sam Mendes qui, en formidable conteur, aborde la violence des hostilités comme un « exhausteur » d’existence, sans en occulter l’horreur.

 

Les jeunes caporaux progressent dans un environnement disparate, mis à sac par les combats, passant de l’ambiance mortifère des tranchées allemandes et leurs rats, à de verts pâturages abandonnés où broute une vache. Une désolation dont émane une poésie latente, qui oscille en permanence entre la vie et la mort, qui désormais coexistent. La guerre transforme les paysages, en crée de nouveaux, au travers desquels Mendes guide son spectateur, dont les sens sont en éveil. Le clair-obscur de l’impressionnante séquence nocturne d’Ecoust-Saint-Mein, dont les vestiges surgissent à la lumière de fusées éclairantes pour retomber dans la pénombre, est empreint de la virtuosité artistique qui fait la force du film.

 

1917 de Sam Menes

1917 de Sam Menes

 

Autre singularité, Sam Mendes réussit à montrer l’âpreté de l’un des conflits les plus meurtriers de l’Histoire, sans illustrer une seule bataille dans son intégralité. Comme pour le reste, il ne parcourt le front que pour stopper l’assaut. Ce qui n’enlève en rien à la dimension épique du film.

 

Sam Mendes s’extrait ainsi de l’écriture calibrée de James Bond, et signe un film personnel et inspiré. Du beau cinéma, soigné, dramatique et haletant, servi par une solide distribution. Sans tomber dans le patriotisme exacerbé, 1917 propose un regard pertinent sur les jeunes soldats qui ont pris part à la Grande Guerre, ne s’éloignant pas des récits de ceux qui l’ont vécue.

 

 

 

  • 1917
  • Sortie salles : 15 janvier 2020
  • Réalisation : Sam Mendes
  • Avec : George MacKay, Dean-Charles Chapman, Mark Strong, Richard Madden, Andrew Scott, Claire Duburcq, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Daniel Mays…
  • Scénario : Sam Mendes et Krysty Wilson-Cairns
  • Production : Pippa Harris, Callum McDougall, Sam Mendes et Jayne-Ann Tenggren
  • Photographie : Roger Deakins
  • Montage : Lee Smith
  • Décors : Dennis Gassner et Lee Sandales
  • Costumes : Jacqueline Durran
  • Musique : Thomas Newman
  • Distribution : Universal Pictures
  • Durée : 1h59

 

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