Désigné coupable de Kevin MacDonald : critique

Publié par CineChronicle le 16 juillet 2021

Synopsis : L’histoire vraie de Mohamedou Ould Slahi, un mauritanien que son pays a livré aux États-Unis alors en pleine paranoïa terroriste à la suite des attentats du 11 septembre 2001. L’homme passe 14 années dans la prison de Guantánamo, où il est longuement torturé. Il est innocenté et retrouve la liberté en octobre 2016. Encouragé par ses avocates, il écrit ses mémoires, qui deviennent un best-seller international.

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Designe coupable - affiche

Désigné coupable – affiche

Le temps est bien passé depuis les films post-11 septembre qui mettaient en avant les innocentes victimes et les courageux héros qui ont subi les événements de cette tragique journée. Après avoir porté au cinéma la fin de la traque de Ben Laden avec Zero Dark Thirty, le cinéma américain semble désormais prêt à s’attaquer plus frontalement aux agissements des autorités américaines. Ainsi, après l’excellent Vice d’Adam McKay, qui traitait des responsabilités gouvernementales dans la guerre en Irak, la question des abus judiciaires et militaires de la prison de Guantanamo se retrouve au cœur de Désigné coupable, le nouveau film de Kevin MacDonald. Connu pour sa carrière de documentariste et ses films biographiques, Kevin MacDonald adapte cette fois-ci Les Carnets de Guantanamo, le livre biographique de Mouhamedou Ould Slahi, dans lequel celui-ci raconte comment il a été enlevé de sa Mauritanie natale pour être détenu pendant 14 ans dans la prison de Guantanamo, sans qu’aucune charge ne soit jamais retenue contre lui. Soumis à toute une série de tortures pour avouer une responsabilité qui n’est pas la sienne, son seul espoir réside dans l’avocate Nancy Hollander, qui va tout faire pour lui assurer une défense digne de ce nom. Elle fera face au procureur des Marines Stuart Couch, résolu à prouver la culpabilité de Slahi.

 

Tahar Rahim - Designe coupable de Kevin MacDonald

Tahar Rahim – Désigné coupable de Kevin MacDonald

 

Et des preuves, on pourrait s’attendre à en trouver : dès le début, le film met en évidence les (certes faibles) liens qui existent entre Slahi et Al-Quaïda. Le coupable, qui avait déjà fait l’objet d’arrestations sur les mêmes soupçons, parait bien tout désigné. Mais derrière ces apparences suspectes, le réalisateur développe des partis pris esthétiques assez forts pour mettre en évidence l’incroyable résilience dont Slahi aura fait preuve. Lors des mises en images de ses lettres, on revit son terrible parcours dans un cadre en 4/3, resserré, étouffant, avec une image tremblante, secouée. De quoi contraster avec l’image fluide, en scope, des autres acteurs de ce procès.

 

Et pourtant, le prisonnier 760 garde le sourire. Avec le recul, certaines de ses déclarations semblent presque naïves : « J’étais heureux lorsqu’on m’a dit que j’allais à Guantanamo. Je me disais que le pire qu’il pourrait m’arriver serait de passer quelques mois là-bas, jusqu’à ce qu’ils comprennent que je suis innocent et qu’ils me relâchent ». De sorte qu’on se sent aussi trahi que son avocate quand on apprend qu’il a signé des aveux. Une empathie sur laquelle le scénario joue habilement pour ensuite mener jusqu’à la révélation épileptique, hystérique, de toutes les atroces tortures que le prisonnier aura subies, entre privation de sommeil, waterboarding, exposition prolongée à des chocs visuels et auditifs…

 

Jodie Foster - Designe coupable de Kevin MacDonald

Jodie Foster – Désigné coupable de Kevin MacDonald

 

Mais plus que les choix esthétiques, ce qui fait le film c’est bien évidemment son casting en or massif. Tahar Rahim apporte tout son talent d’interprétation au personnage de Mouhamedou Ould Slahi, avec qui il a eu l’occasion de longuement discuter pendant la préparation du film. L’acteur français pousse le réalisme jusqu’à réellement subir certains des sévices montrés dans le film, expliquant dans les articles de presse que « c’était le moins que je pouvais faire pour lui rendre justice. Ce que j’ai subi est sans commune mesure avec les conditions dans lesquelles il vivait dans l’une des prisons les plus terribles du monde sans savoir s’il retrouverait un jour la liberté. ».

 

À ses côtés, Jodie Foster est étincelante dans le rôle de Nancy Hollander, lauréate du Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle, qui là aussi a pu être préparé avec la principale concernée. On ressent toute la droiture du personnage, qui refuse de céder à ses doutes personnels et continue d’assurer la défense de son client au nom de l’État de droit. Benedict Cumberbatch campe quant à lui un Marine convaincu de poursuivre le bon coupable mais confronté à cette volonté de sa hiérarchie de faire de Slahi un exemple, peu importe les preuves.

 

L’occasion pour Kevin MacDonald de dresser le portrait d’un pays prêt à tous les abus pour obtenir sa vengeance, jusqu’à menacer quiconque tiendrait un discours plus nuancé. De sorte que, sans révolutionner formellement le film de procès, le réalisateur met en avant le tas honteux que l’Amérique aimerait garder sous le tapis.

 

Théotime Roux

 

 

 

  • DESIGNÉ COUPABLE (The Mauritanian)
  • Sortie salles : 14 juillet 2021
  • Réalisation : Kevin MacDonald
  • Avec : Tahar Rahim, Jodie Foster, Shailene Woodley, Benedict Cumberbatch, Zachary Levi, Corey Johnson, Saamer Usmani, Langley Kirkwood, David Fynn, Stevel Marc
  • Scénario : Michael Bronner
  • Production : Adam Ackland, Michael Bronner, Benedict Cumberbatch, Leah Clarke, Christine Holder, Mark Holder, Beatriz Levin, Lloyd Levin et Branwen Prestwood-Smith
  • Photographie : Alwin H. Küchler
  • Montage : Justine Wright
  • Décors : Michael Carlin
  • Musique : Tom Hodge
  • Distribution : Metropolitan FilmExport
  • Durée : 1 h 29

 

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