Livre / Jean-Pierre Melville, une vie par Antoine de Baecque : critique

Publié par Charles Villalon le 11 octobre 2017

Résumé : Le 20 octobre 1917 naissait Jean-Pierre Grumbach, alias Melville, l’un des plus grands cinéastes du XXsiècle. À l’occasion du centenaire de sa naissance, ce portrait en huit poses épouse les différentes faces, parfois contradictoires, souvent ambiguës, de la vie de cet homme insaisissable, à travers des recoupements féconds avec sa filmographie. Peu de livres existent sur Melville, réalisateur pourtant adulé à l’étranger, célébré en France, étudié à l’université. Ce beau livre sur son œuvre et sa vie, croisant ses archives personnelles et des photographies en grande partie inédites, est un document d’importance pour la transmission cinéphilique et le rayonnement de son travail. Un livre trouble et haletant comme un « film noir », chaque chapitre devenant un nouveau rebondissement de cette existence – de la jeunesse de Jean-Pierre Grumbach, son engagement dans la Résistance, à l’invention d’une figure mythique au stetson, de la construction des Studios Jenner à l’incendie de son temple du cinéma, du précurseur de la Nouvelle Vague au maître du « polar ». Un ouvrage pour comprendre celui qui, dans À bout de souffle, incarnant l’écrivain Parvulesco, répondait à la question de Jean Seberg « Quelle est votre plus grande ambition dans la vie ? » par cette formule légendaire: « Devenir immortel. Et puis… Mourir. » .

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jean-pierre melville une vie

jean-pierre melville une vie

C’est pour célébrer le centenaire de la naissance du cinéaste que paraît ce mois-ci aux éditions du Seuil le livre Jean-Pierre Melville, une vie, écrit par l’ancien critique des Cahiers du Cinéma, Antoine de Baecque. Contrairement à ce que son titre pourrait supposer, il s’agit moins d’une biographie que d’un portrait, un ouvrage hybride à mi-chemin entre le beau livre et la monographie. La vie du réalisateur y est bien entendu évoquée, mais sous une forme synthétique résumant les grandes périodes de son existence par le biais de quelques anecdotes marquantes. On pourrait presque parler d’une biographie melvillienne de Melville tant son histoire y prend une forme épurée, narrée sans le moindre commentaire inutile, réduite à ses traits les plus saillants. Les quelques informations biographiques disséminées dans le livre servent d’ailleurs toutes à commenter et expliquer l’œuvre, car c’est bien de l’œuvre plus que de l’homme dont il est question ici. Ce que l’on apprend de son enfance révèle l’origine de son sens inné du beau et de son goût pour le music-hall – goût que trahissent un grand nombre de ces films. De son adolescence, on ne connaîtra que sa passion pour le cinéma, particulièrement le cinéma américain. Son engagement dans la résistance est le prétexte d’un portrait moral du futur artiste, ainsi que l’occasion de nous le présenter sous le nom qui deviendra le sien au générique de ses films : Melville. On retrouve dans ce formidable livre d’Antoine de Baecque son expérience des dictionnaires cinématographiques, lui qui a déjà dirigé ceux sur Truffaut, Pialat ou encore Eustache. Car si l’organisation du livre est chronologique, abordant l’oeuvre au fil des réalisations successives, elle est aussi thématique. Chaque période de la carrière du cinéaste est marquée du sceau d’une préoccupation esthétique ; le film américain au moment de sa première cinéphilie, la Nouvelle Vague qu’il a contribué à faire émerger, le polar, quand il décide dans les années 50 de faire des films populaires… Autant d’entrées de dictionnaire en somme, pour un livre dont la richesse et l’élégance de l’iconographie comme la brièveté des chapitres en font aussi bien un ouvrage à lire qu’un opus à feuilleter au gré de la curiosité. L’iconographie, parlons-en d’ailleurs. Véritable trésor, les photographies qui constellent le livre, page après page, sont pour la plupart inédites, issues des archives personnelles de Melville qui ont réchappé à l’incendie de ses studios – les studios Jenner – en 1967. À cet égard, Jean-Pierre Melville, une vie est aussi l’occasion de se replonger dans l’univers si particulier de ses films via les superbes photos de tournage qui illustrent le propos. On y retrouve l’atmosphère melvillienne que ses chefs opérateurs successifs, Henri Decaë puis Nicolas Hayer, ont su si bien établir. Ainsi consulté, le livre fait figure de bande-annonce de l’œuvre de Melville. Comme le font toujours les livres de cinéma réussis, celui-ci donnent envie de tout revoir.

 

 

 

  • JEAN-PIERRE MELVILLE, UNE VIE
  • Auteur(s) : Antoine de Baecque
  • Éditions : Seuil
  • Collection : Beaux livres
  • Date de parution : 12 octobre 2017
  • Format : 224 pages
  • Tarif : 32 €

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