Black Widow de Cate Shortland : critique pour

Publié par Jacques Demange le 7 juillet 2021

Synopsis : En cavale depuis les événements de Captain America : Civil War, Natasha Romanoff, alias Black Widow, va se retrouver confrontée à sa sœur adoptive, qui est restée dans le programme secret où elles ont toutes les deux été formées. Ensemble, elles vont devoir démanteler la conspiration qui est derrière ce programme de contrôle des esprits.

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Black Widow - affiche

Black Widow – affiche

Si la mouvance #MeToo a rapidement su marquer de son empreinte la production cinématographique hollywoodienne, impactant à la fois l’organisation de sa structure industrielle et l’orientation de ses scénarios, les univers Marvel et DC Comics mirent plus de temps à se mettre à la page. C’est justement ici que Black Widow de Cate Shortland tire son épingle du jeu, incarnant la possibilité d’un renouveau dans la caractérisation de la féminité super-héroïque. Le film signale en ce sens l’égarement de ses prédécesseurs en la matière, tout en participant à l’émergence d’une nouvelle ère. Jusqu’à récemment, la super-héroïne évoluait en effet dans l’ombre de ses partenaires masculins, ne pouvant prétendre qu’à des seconds rôles qui valorisaient assez peu ses capacités d’autonomie. Même lorsqu’un film prenait le risque de se consacrer entièrement à un personnage féminin, sa caractérisation à l’écran peinait grandement à échapper aux stéréotypes les plus creux (Halle Berry dans Catwoman [Pitof, 2004]). Même constat du côté des actrices. Bien que la suprématie des films de super-héros sur le box-office international ait depuis plusieurs années attiré la présence de stars au sein de leurs distributions, les vedettes féminines se trouvent bien moins lotis que leurs homologues masculins. Dès 1997, Uma Thurman avait annoncé la couleur avec son interprétation de Poison Ivy dans Batman et Robin (Joel Schumacher, 1997). Avec son fond de teint blanc, ses cheveux écarlates et son costume vert scintillant, l’actrice annonçait la future condition des célébrités masquées : l’acquisition des super-pouvoirs ne pouvait se faire qu’au prix d’un surplus d’artificialité. De Cate Blanchett déguisée en sorcière dans Thor : Ragnarok (Taika Waititi, 2017) à Nicole Kidman numériquement liftée dans Aquaman (James Wan, 2018), les récentes productions Marvel et DC n’ont pas vraiment cherché à renoncer aux codes institués par le patriarcat des justiciers.

 

Black Widow

 

Et pourtant, une nouvelle idée de la féminité semble avoir réussi à faire son chemin à l’intérieur de cette hégémonie masculine. En 2017, le Wonder Woman de Patty Jenkins flairait bon l’odeur de la révolution. Ni lourdement fardée, ni engoncée dans une garde-robe apprêtée, l’actrice israélienne Gal Gadot incarnait une figure de femme combattive qui parvenait à s’imposer seule à l’écran. Signe d’un changement de mentalité ? Peut-être, si l’on songe, par exemple, au personnage de Wanda Maximoff (Elizabeth Olson) dans la série WandaVision (Jac Schaeffer, 2021) dont la caractérisation pleine de nuances et de subtilités reléguait au second plan le trop fade Vision (Paul Bettany).

 

Black Widow s’inscrit clairement dans cette nouvelle tradition. La Veuve noire inventée par Stan Lee n’était jusqu’alors apparue que dans les distributions chorales des Avengers, peinant à tirer la couverture à elle alors que ses acolytes masculins (Iron Man, Thor, Ant-Man et Hulk) avaient déjà tous été les têtes d’affiche de leurs propres films. Alors certes, le scénario de Eric Pearson ne parvient pas totalement à s’affranchir du cahier des charges imposé par tout film de super-héros.

 

Black Widow

Black Widow

 

La production s’inscrit clairement dans la tendance des crossovers, revenant sur les origines de l’héroïne pour mieux expliciter sa présence auprès des grands noms de l’écurie Marvel (Captain America, Iron Man et l’équipe des Avengers). Il n’empêche que l’identité du personnage profite de quelques réflexions intéressantes qui dépassent sa seule nature super-héroïque. Sous l’emprise des traumatismes du passé, la Veuve noire affirme l’ambiguïté de son pseudonyme. La mort lui colle à la peau et prend une tournure résolument tragique. Les séquences physiques auxquelles se prête Scarlett Johansson atteste de son endurance mais n’empêche de ressentir l’affliction qui submerge ses regards remplis d’incertitudes.

 

Black Widow peut donc s’apprécier doublement, à la fois comme un film de super-héros traditionnel qui saura contenter les fans et comme un jalon de cette nouvelle mouvance que l’on espère voir longuement prospérer au sein des productions grand public. Les annonces des futures sorties Marvel ont de quoi nous faire espérer : la réalisation des Éternels confiée à l’oscarisée Chloé Zhao et Thor : Love and Thunder qui verra le personnage de Jane Foster (Natalie Portman) prendre de l’importance en devenant l’égale du super-héros au marteau.

 

>> Lire aussi notre critique contre <<

 

 

 

  • BLACK WIDOW
  • Sortie salles : 7 juillet 2021
  • Réalisation : Cate Shortland
  • Avec : Scarlett Johansson, Florence Pugh, David Harbour, Rachel Weisz, O. T. Fagbenle, William Hurt, Ray Winstone, Olivier Richters
  • Scénario : Eric Pearson, d’après une histoire de Ned Benson et Jac Schaeffer et le personnage créé par Stan Lee, Don Rico et Don Heck
  • Production : Kevin Feige
  • Photographie : Gabriel Beristain
  • Montage : Leigh Folsom Boyd et Matthew Schmidt
  • Décors : Charles Wood
  • Costumes : Jany Temime
  • Musique : Lorne Balfe
  • Distribution : The Walt Disney Company France
  • Durée : 2 h 13

 

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