My Beautiful Boy de Felix Van Groeningen : critique

Publié par Erica Farges le 6 février 2019

Synopsis : Pour David Sheff, la vie de son fils, Nicholas, un jeune homme billant, sportif, à l’esprit vif et cultivé, était déjà toute tracée : à ses 18 ans, Nic était promis à une prestigieuse carrière universitaire. Mais le monde de David s’effondre lorsqu’il réalise que Nic a commencé à toucher à la drogue en secret dès ses 12 ans. De consommateur occasionnel, Nic est devenu accro à la méthamphétamine et plus rien ne semble possible pour le sortir de sa dépendance. Réalisant que son fils et devenu avec le temps un parfait étranger, David décide de tout faire pour le sauver. Se confrontant à ses propres limites mais aussi celles de sa famille.

♥♥♥♥♥

 

My Beautiful Boy - affiche

My Beautiful Boy – affiche

Sixième long-métrage et première réalisation américaine du cinéaste flamand Felix Van Groeningen, My Beautiful Boy est l’adaptation simultanée de deux ouvrages retraçant un combat contre l’addiction, l’un écrit par le père, l’autre par le fils. Récit à quatre yeux qui reprend de nombreux codes du cinéma indépendant étasunien, il montre les conséquences de la dépendance sur une relation familiale et comment elle repousse les limites de l’amour parental. Considérant les deux points de vue, le dernier long-métrage de Van Groeningen aborde cette thématique de manière similaire à Ben Is Back, bien que sa portée soit peut-être moins universelle que celle du drame de Peter Hedges sorti en salles moins d’un mois avant. L’implication totale des parents et la mise en scène plutôt sobre s’éloignent totalement de l’ultra-esthétisation de l’addiction aux drogues dures avec des géniteurs qui ont une influence minime sur leurs enfants comme on le voyait souvent dans les œuvres traitant du même sujet réalisées il y a une vingtaine d’années, telles que Requiem for a Dream ou Trainspotting. David Sheff et Nic Sheff sont respectivement interprétés par Steve Carell (Bienvenue à Marwen, Foxcatcher) et Timothée Chalamet (plus jeune nommé dans un rôle principal aux Oscars avec Call Me By Your Name). L’acteur franco-américain offre encore ici une performance remarquable. On retrouve également Maura Tierney (The Good Wife) dans le rôle de la belle-mère, Amy Ryan (Birdman) en tant que la mère et Andre Royo (The Wire) jouant le parrain de Nic.

 

My Beautiful Boy

My Beautiful Boy

 

Chef monteur attiré de Felix Van Groeningen, Nico Leunen (Belgica, Alabama Monroe, La Merditude des choses) met en place une construction non-chronologique donnant lieu à une narration éclatée, récurrente dans la filmographie du cinéaste, au cours de laquelle on voit le père journaliste tentant de reconstituer, à la manière d’une investigation, les raisons de l’addiction de Nic et de comprendre ses mécanismes. Le montage assez particulier laisse entrevoir par intermittence une relation père-fils à la fois proche et tendue où les souvenirs, ainsi que les émotions, en commun sont souvent associés à des musiques d’artistes ou de groupes légendaires (Massive Attack, Nirvana, David Bowie…). La BO entièrement composée de morceaux déjà existants, dont Beautiful Boy, chanson tirée de Double Fantasy, le dernier album de John Lennon, à propos de son fils Sean qui a inspirée David Sheff pour le titre de ses mémoires, unit les protagonistes à travers leur passion héréditaire pour la musique, en plus de celle pour l’écriture.

 

Drame qui, malgré les classiques panneaux avant le générique de fin relatant ce que sont devenus les vrais personnages, se conclut sur une fin ouverte, My Beautiful Boy trouve une grande partie de sa puissance dans ses interrogations laissées en suspense, sans réponses concrètes, et son constat à perspective double.

 

 

 

  • MY BEAUTIFUL BOY (Beautiful Boy)
  • Sortie salles : 6 février 2019
  • Réalisation : Felix Van Groeningen
  • Avec : Steve Carell, Timothée Chalamet, Jack Dylan Grazer, Maura Tierney, Kaitlyn Dever, Timothy Hutton, Andre Royo, Oakley Bull, Amy Ryan, Zachary Rifkin, Kue Lawrence
  • Scénario : Felix Van Groeningen et Luke Davies
  • Production : Brad Pitt, Dede Gardner, Jeremy Kleiner
  • Photographie : Ruben Impens
  • Montage : Nico Leunen
  • Décors : Jennifer Lukehart
  • Costumes : Emma Potter
  • Musique :  Bob Bowen et Christoffer Franzén
  • Distribution : Metropolitan FilmExport
  • Durée : 2h01

  

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