Zootopie de Byron Howard et Rich Moore : critique

Publié par Lucia Miguel le 15 février 2016

Synopsis: Zootopia est une ville qui ne ressemble à aucune autre : seuls les animaux y habitent ! On y trouve des quartiers résidentiels élégants comme le très chic Sahara Square, et d’autres moins hospitaliers comme le glacial Tundratown. Dans cette incroyable métropole, chaque espèce animale cohabite avec les autres. Qu’on soit un immense éléphant ou une minuscule souris, tout le monde a sa place à Zootopia ! Lorsque Judy Hopps fait son entrée dans la police, elle découvre qu’il est bien difficile de s’imposer chez les gros durs en uniforme, surtout quand on est une adorable lapine. Bien décidée à faire ses preuves, Judy s’attaque à une épineuse affaire, même si cela l’oblige à faire équipe avec Nick Wilde, un renard à la langue bien pendue et véritable virtuose de l’arnaque.

 

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Zootopie - affiche

Zootopie – affiche

Zootopie est un peu la représentation du rêve américain et se dévoile comme une Babel animalière à New York : un endroit idyllique qui réunit différents univers où chacun – peu importe sa provenance et ses origines – peut devenir ce qu’il veut. Du moins, en apparence. N’importe où ailleurs, le rêve d’une jeune lapine de devenir flic – alors qu’elle est faite pour cultiver des carottes – passerait pour de la folie. Mais pas à Zootopie. C’est le postulat de départ du récit, qui suit les péripéties de Lucy Hopps, inspectrice de police, dans une ville qui devient trop grande pour elle. Si ses premières rencontres la découragent, elle va faire équipe, malgré elle, avec Nick Wilde, un renard escroc. L’univers caricatural que le film met en place se destine en premier lieu aux adultes. Si les enfants s’amusent, ils ne vont sans doute pas toujours comprendre toutes les subtilités de l’histoire et l’humour corrosif de certaines références : les paresseux à la Préfecture ou encore la vie solitaire du jeune qui vient de quitter le nid (les plats préparés, la notion de fraude fiscale, les clins d’oeil à des classiques comme Le Parrain). Zootopie emprunte ainsi souvent au cinéma hollywoodien et mélange les genres afin de concevoir une oeuvre hybride attrayante entre animation, polar et comédie loufoque. Les clichés sont habilement détournés de manière cocasse : les ours polaires sont des gangsters et les loups, des gardes du corps à la tête vide ; Marlon Brando dans le classique de Francis Ford Coppola devient ici une musaraigne à la voix rauque qui fait peur aux plus grands animaux.

 

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Rich Moore et Clark Spencer, respectivement réalisateur et producteur des MONDES DE RALPH (notre critique), mettent brillamment en scène l’animation de cette métropole, personnage à part entière, où tout a une raison d’être. Rien n’est laissé au hasard : les monorails connectent tous les univers, les plus petits mammifères ont des routes adaptées à leurs gabarits, et les plus grands – comme les girafes – peuvent boire des sodas géants. Zootopie soulève, avec humour, finesse et délicatesse, les problématiques de la société contemporaine, comme le racisme et la peur d’autrui. Quand l’hystérie collective se déchaîne à Zootopie par crainte que les déprédateurs reviennent à l’état sauvage, il s’agit de discerner une métaphore de l’humanité. Loin de défendre la thèse que nous sommes tous identiques et égaux, Zootopie explique superbement que nous pouvons tous vivre ensemble, malgré nos différences, dans tous les districts. C’est la véritable leçon du film ; le contact avec l’autre peut modifier nos perspectives et nous faire changer d’avis. La tendance génétique liée au mal n’existe pas ; ce dernier touche les individus via des circonstances extérieurs, des éléments de l’environnement. À l’instar des animaux de Zootopie, on saisit que le changement commence avec nous ; il suffit de le vouloir et d’abandonner les préjugés qui nous divisent. L’évolution qui a permis aux animaux de vivre dans un monde humanoïde doit à son tour s’appliquer à ces mêmes humains, qui sont en train de régresser. Zootopie, qui prend son rythme sur une partition de Michael Giacchino, en devient alors une formidable leçon de vie pour les adultes et un apprentissage nécessaire pour les enfants.

 

 

 

  • ZOOTOPIE réalisé par Byron Howard et Rich Moore en salles le 17 février 2016.
  • Avec les voix de : Jason Bateman, Ginnifer Goodwin, Shakira, Idris Elba, Octavia Spencer, J. K. Simmons, Jenny Slate, Nate Torrence, Bonnie Hunt, Don Lake, Tommy Chong…
  • Scénario : Jared Bush, Phil Johnston
  • Production : Clark Spencer
  • Photographie : Brian Leach, Nathan Warner
  • Direction artistique: Matthias Lechner, Cory Loftis
  • Montage: Fabienne Rawley
  • Décors : David Goetz
  • Musique : Michael Giacchino
  • Distribution : The Walt Disney Company
  • Durée : 1h48

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Source: CBO Box office