Stan & Ollie de Jon S. Baird : critique

Publié par Sévan Lesaffre le 5 mars 2019

Synopsis : 1953. Laurel et Hardy, le plus grand duo comique de tous les temps, se lancent dans une tournée à travers l’Angleterre. Désormais vieillissants et oubliés des plus jeunes, ils peinent à faire salle comble. Mais leurs capacités à se faire rire mutuellement et à se réinventer vont leur permettre de reconquérir le public, et renouer avec le succès. Même si le spectre du passé et de nouvelles épreuves ébranlent la solidité de leur duo, cette tournée est l’occasion unique de réaliser à quel point, humainement, ils comptent l’un pour l’autre…

 

♥♥♥♥♥

 

Stan et Ollie - affiche

Stan & Ollie – affiche

Avec Stan & Ollie, nommé aux Golden Globes et aux BAFTA, Jon S. Baird (Ordure !, Vinyl, I’m Dying Up Here) signe un biopic mélancolique, sensible et fidèle consacré aux deux légendes du burlesque. Merveilleux portrait intimiste des inséparables Laurel (Steve Coogan) et Hardy (John C. Reilly), focalisé sur la dernière tournée théâtrale et la fin de carrière difficile du tandem, le long-métrage est une brillante méditation sur l’amitié, la loyauté, le cinéma et l’épreuve du temps. The show must go on. Ici, le réalisateur écossais et le scénariste Jeff Pope (Philomena) montrent le déploiement du génie de Laurel et Hardy, leur complémentarité, leurs dissensions, et explorent la complicité qui les unit à la vie comme à l’écran. Avec Buster Keaton, Charlie Chaplin et Harold Lloyd, les deux compères, reconnaissables à leurs chapeaux melon et à leurs costumes disproportionnés, ont incarné l’âge d’or du cinéma muet mais aussi les débuts du parlant, tandis que leurs slapsticks ont imposé un style percutant. Pourtant, en 1953, la popularité de Laurel et Hardy décline et les clowns tristes, vieillis, déchus et fatigués, effectuent une tournée à travers l’Angleterre afin de renouer avec le public. Stan & Ollie s’ouvre sur un long plan-séquence/travelling, en écho à la célèbre arrivée au Copacabana Club dans Les Affranchis de Martin Scorsese. Ce prélude virtuose, situé en 1937 sur le plateau de Way Out West produit par Hal Roach (Danny Huston), insuffle un dynamisme vintage en rappelant au public que Stan Laurel et Oliver Hardy, alors à l’apogée de leur carrière avec des films tels que C’est donc ton frère ou Les Conscrits, étaient les plus grandes stars de la comédie au monde.

 

Steve Coogan et John C Reilly - Stan et Ollie

Steve Coogan et John C Reilly – Stan et Ollie

 

Dès les premières minutes, l’académisme formel dicte l’élégante mise en scène de cette œuvre soignée, raffinée et ambitieuse. Le scénario linéaire, ponctué de représentations parfaitement intégrées à la trame narrative, parvient à raconter l’histoire de l’iconique duo comique en faisant la part belle à l’alchimie entre John C. Reilly (Les Frères Sisters, Gangs of New York, The Lobster) et Steve Coogan (24 Hour Party People, La Nuit au musée, Percy Jackson), dont les performances impeccables constituent le moteur du film. En effet, les acteurs reproduisent avec brio les mimiques de leurs personnages sans jamais recourir à la caricature. Le spectateur distingue notamment quelques reconstitutions des célèbres sketchs de Laurel et Hardy, brillamment insérés, parodiés ou recréés dans des scènes du quotidien. Ainsi, la chute d’une énorme malle dans l’escalier de la gare rappelle, par exemple, la scène mythique de la dégringolade du piano dans le court-métrage The Music Box, oscarisé en 1932. La photographie signée Laurie Rose sublime les décors tels que le fastueux hôtel Savoy.

 

Steve Coogan et John C Reilly - Stan et Ollie

Steve Coogan et John C Reilly – Stan & Ollie

 

Le recours au noir et blanc fait également allusion aux actualités filmées de l’époque. Les deux comédiens sont rejoints par leurs savoureuses épouses, Lucille Hardy incarnée par Shirley Henderson (T2 Trainspotting, Tale of Tales) et Ida Kitaeva interprétée par Nina Arianda (The Humbling, The Disappearance of Eleanor Rigby), lesquelles renforcent le caractère humoristique des dialogues vifs et « complètent » leurs homologues masculins. Ces dernières reflètent la personnalité de leurs maris et mènent une screwball comedy plus verbale, en opposition au jeu très corporel et physique propre au gag burlesque. L’excellent Rufus Jones campe quant à lui le célèbre imprésario Bernard Delfont. Stan & Ollie est l’un des nombreux biopics récents —dont Film Stars Don’t Die In Liverpool, My Week with Marilyn et Judy— retraçant la venue de stars hollywoodiennes en Grande-Bretagne, alors qu’elles traversent les périodes les plus difficiles de leur carrière. Le réalisateur trouve le juste équilibre entre drame et comédie et rend un bel hommage à deux géants de l’histoire du cinéma. Drôle. Émouvant. Intemporel.

 

 

 

  • STAN & OLLIE
  • Sortie : 6 mars 2019
  • Réalisation : Jon S. Baird
  • Avec : Steve Coogan, John C. Reilly, Shirley Henderson, Danny Huston, Nina Arianda, Rufus Jones, Susy Kane, Bentley Kalu, Stephanie Hyam, John Henshaw…
  • Scénario : Jeff Pope
  • Production : Faye Ward
  • Photographie : Laurie Rose
  • Montage : Úna Ní Dhonghaíle, Billy Sneddon
  • Décors : John Paul Kelly
  • Costumes : Guy Speranza
  • Musique : Rolfe Kent
  • Distribution : Metropolitan FilmExport
  • Durée : 1h37

 

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