Le Diable, tout le temps de Antonio Campos : critique

Publié par CineChronicle le 8 octobre 2020

Synopsis : Knockemstiff, Ohio. Face à sa femme mourante, un homme désespéré, Willard Russell, tente le tout pour le tout. Il se tourne vers la religion. Ses prières vont petit à petit s’apparenter à des sacrifices dont Arvin, le fils du couple, pourrait être l’offrande ultime…

♥♥♥♥♥

 

Le diable tout le temps - affiche

Le diable tout le temps – affiche

Avec Le Diable, tout le temps (The Devil all the time), Antonio Campos nous propose un thriller horrifique adapté du roman éponyme de Donald Ray Pollock. Disponible sur Netflix depuis le 16 septembre, ce film noir et ambitieux dépeint le portrait d’une Amérique corrompue et en décrépitude, où règnent cynisme et violence. Ancrée dans les années 1950-1960, l’intrigue débute avec le personnage de Willard Russel, un vétéran du front du Pacifique, interprété par Bill Skarsgard, qui vit avec sa femme Charlotte et leur fils Arvin dans une petite ville de l’Ohio nommée Knockemstiff. Traumatisé par la guerre, Willard parvient à retrouver la foi en s’installant avec sa famille et à mener un quotidien paisible, guidé par la religion. Ses nombreuses prières et sacrifices n’empêchent toutefois pas Charlotte, campée par Haley Bennett (Swallow, La fille du train), de mourir des suites d’un cancer. Anéanti, Willard se donne la mort et Arvin, à qui le jeune Tom Holland prête ici ses traits, est envoyé chez sa grand-mère et son oncle à Coal Creek. Il y fait la connaissance de sa demi-sœur adoptive, Leonora (Eliza Scanlen), elle aussi orpheline, et doit apprendre à faire face aux forces du Mal et à dominer la soif de vengeance qui l’anime. S’ensuit alors la découverte d’une galerie de personnages, tous plus amochés et malsains les uns que les autres : Carl et Sandy, un couple de serials killers campé par Jason Clarke (Knight of cups, First Man) et Riley Keough (Under the silver lake, The House that Jack Built) qui sélectionne leurs cibles parmi les autostoppeurs qui croisent leur route ; le vicieux et pervers pasteur Preston qui n’hésite pas à briser l’ordre moral pour abuser de ses fidèles et que le jeu dérangeant de Robert Pattinson (Tenet, The Lightouse) vient magnifier ; un shérif véreux et corrompu incarné par Sebastian Stan (Moi Tonya, Logan Lucky) ou encore un ecclésiastique et son cousin, rongés par leur fanatisme religieux.

 

 

Sublimée par une photographie maîtrisée et un casting impressionnant et juste, cette chronique funèbre et poisseuse des États-Unis nous plonge dans un sentiment de malaise permanent, jouant sur nos peurs et nos répulsions. La voix-off du narrateur, qui n’est autre que celle du romancier Donald Ray Pollock, vient accroître l’ambiance pesante et angoissante qui règne tout au long du film. Campos fait de la religion le thème central du film et montre son versant sordide. Il fait s’y opposer le Bien et le Mal en permanence, en confrontant des personnages croyants et bienveillants avec des prédicateurs aux intentions floues et immorales et des situations toutes plus violentes et impies. Certains rôles sont également associés à la représentation d’un péché capital : la luxure pour Preston, l’avarice pour le shérif Lee Bodecker, la colère avec Arvin…

 

 

Le Diable , tout le temps dépeint ainsi avec brutalité les tréfonds d’une Amérique puritaine, mais frôle parfois le cliché. La densité de l’intrigue tend à affaiblir le film, qui reste assez long et dont l’entremêlement de tous ces personnages peut être confus. Beaucoup de points restent alors trop peu approfondis et ce qui aurait pu être un film sur la psychologie des personnages devient une succession d’action et de péripéties dont on a du mal à saisir les motivations. Si le format de la minisérie aurait sans doute été plus adapté à la teneur du scénario et aurait permis de mieux rendre justice aux protagonistes, le film n’en reste pas moins intéressant, avec une image et une distribution contrebalançant ce déséquilibre.

 

Olivia Daëron-Precy

 

 

 

  • LE DIABLE, TOUT LE TEMPS (The devil all the time)
  • Diffusion : 16 septembre 2020
  • Réalisation : Antonio Campos
  • Scénario : Antonio Campos, Paulo Campos, d’après l’œuvre de Donald Ray Pollock
  • Avec : Tom Holland, Robert Pattinson, Haley Bennett, Harry Melling, Bill Skarsgard, Riley Keough, Sebastian Stan, Mia Wasikowska, Eliza Scanlen, Jason Clarke…
  • Production :  Max Born, Jake Gyllenhaal, Riva Marker, Randall Poster
  • Image :  Lol Crawley
  • Montage :  Sofia Subercaseaux
  • Décors : Craig Lathrop
  • Costumes : Emma Potter
  • Distribution :  Netflix
  • Durée : 2h18

 

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