L’île aux Chiens de Wes Anderson : critique

Publié par CineChronicle le 9 avril 2018

Synopsis : En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’île aux Chiens. Le jeune Atari, douze ans, vole un avion et se rend sur l’île pour retrouver Spots, son fidèle compagnon. Aidé par une bande de cinq cabots intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville. Une révolution est en marche.

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Lile aux chiens - affiche

Lile aux chiens – affiche

Neuvième film de l’Américain Wes Anderson, réalisateur de La Famille Tenenbaum, The Grand Budapest Hotel, Moonrise Kingdom, L’île aux Chiens est un concentré des ingrédients phares du cinéaste. Il renoue avec la technique de l’animation en stop-motion (déjà utilisée en 2009 dans Fantastic Mr. Fox) et signe une fable mélancolique et hybride, aussi poétique que politique, aussi dérangeante que dérangée. L’introduction déjantée mélange déjà les genres (légende, récit d’aventure, parodie), annonçant, dès les premières minutes, le ton atypique et insolite de l’oeuvre. Wes Anderson, épaulé par Roman Coppola, Jason Schwartzman et Kunichi Nomura dans l’élaboration de cette histoire originale, plante rapidement le décor et nous transporte ici au beau milieu de cette « île Poubelle » dans un Japon rétro-futuriste quasi abandonné voire désaffecté. Le cinéaste rend un hommage émouvant au pays du Soleil Levant ainsi qu’au meilleur ami de l’homme en traitant une fois de plus les thèmes du courage, de la fidélité et de l’amitié. Atari (Koyu Rankin), jeune samouraï contemporain et seul rescapé de cet univers coloré et fantasque, s’apparente à l’élu, mais n’est pourtant pas la vraie star du film car rapidement détrôné par la bande de « toutous » jouant coûte que coûte de leur humour acerbe.

 

Lile aux chiens

L’île aux chiens

 

Anderson se concentre avant tout sur le personnage de Chief (Bryan Cranston), chien errant ronchon, désabusé et condamné à « avaler des ordures ». Ce dernier tombe sous le charme de la belle Nutmeg (Scarlett Johansson), une chienne de concours, et va accompagner l’enfant tout au long de son parcours initiatique rocambolesque. Derrière une ligne narrative simple —celle de retrouver Spots (Liev Schreiber), le fidèle compagnon d’Atari— leur but est de combattre le maire de Megasaki ainsi que le sinistre Major Domo pour rendre au peuple aliéné sa liberté. Wes Anderson met ici en scène la dialectique chien/maître, au coeur de la problématique politique du film. Lequel des deux mène la danse, domine l’autre ? Comment parviennent-ils à s’entraider pour déjouer, ensemble, la conspiration et les lugubres projets des dirigeants ?

 

L’Île aux Chiens prend la forme d’une quête existentielle contée par Courtney B. Vance (La Momie, Terminator Genisys) et met en exergue la figure de l’humain conditionné, robotisé, face à l’intelligence animale, elle-même métaphorisée par la forme du film. Les cartons, chers à Anderson, participent au déploiement du récit en forme de journal (à l’instar de La Famille Tenenbaum, par exemple) et chapitrent ingénieusement la progression de l’intrigue. La musique d’Alexandre Desplat (Valérian et la Cité des mille planètes, Espèces Menacées, La Forme de l’eau) devient ici un leitmotiv dramatique, conjuguée au motif du split-screen et au style du cartoon et renforce l’atmosphère du conte asiatique.

 

Lile aux chiens

L’île aux chiens

 

Truffé de trouvailles narratives ingénieuses (comme les flashbacks « guidés » et le surgissement d’images mentales), L’Île aux Chiens surprend par l’originalité de son esthétique. Anderson dépeint d’abord un espace désolé construit en plusieurs plans ou strates, dont les différentes couches produisent un effet de profondeur. Il filme pourtant une sorte de surface plane dans un écran chargé d’une multitude de détails. Les étendues désertes (faisant office de décharge géante) aux couleurs tantôt chaudes tantôt froides matérialisent le complexe rapport au temps passé et futur. L’île Poubelle est aussi le lieu du souvenir, de l’« autrefois ». On y retrouve parfois des paysages épurés et statiques à la Michel Ocelot, propices à la poésie. Les cadrages parfaitement symétriques et la palette de couleurs andersienne font de L’Île aux Chiens un hymne visuellement raffiné. Comme toujours chez Wes Anderson, le décor entre en synergie avec le propos : la frontalité adoptée par le cinéaste est ponctuée par l’humour efficace et corrosif omniprésent dans les dialogues. Certains d’entre eux ne sont d’ailleurs pas traduits afin de renforcer l’humanisation des chiens.

 

Les êtres humains, quant à eux, s’expriment en japonais puisque leur prise de parole n’a pas systématiquement d’importance. De plus, la crudité de certaines séquences (comme la scène de la greffe de rein notamment) confirme le style singulier de Wes Anderson. Dans ce futurisme assez froid mais résolument humoristique, il instaure une relation poétique entre l’homme et l’animal (à la manière de Tim Burton dans Frankenweenie) et s’inspire largement de l’oeuvre de Kurosawa et d’Ozu. L’Île aux Chiens emprunte notamment au théâtre d’ombres et de marionnettes. Le mouvement des personnages, d’un réalisme saisissant rarement atteint dans le domaine de l’image par image, est comme « sculpté » dans chaque plan. Enfin, le thème sous-jacent de la famille, récurrent dans l’oeuvre de Wes Anderson, est encore soulevé dans un happy end à l’argument universel.

 

Sévan Lesaffre

 

 

 

  • L’ILE AUX CHIENS (Isle of Dogs)
  • sortie salles : 11 avril 2018
  • Réalisation : Wes Anderson
  • Avec les voix de : Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray, Jeff Goldblum, Tilda Swinton, Frances McDormand, Scarlett Johansson, Greta Gerwig et Koyu Rankin
  • Scénario : Wes Anderson d’après une histoire originale de Wes Anderson, Roman Coppola, Jason Schwartzman et Kunichi Nomura
  • Production : Wes Anderson, Jeremy Dawson, Steven M. Rales, Scott Rudin
  • Photographie : Tristan Oliver
  • Montage : Andrew Weisblum
  • Décors : Adam Stockhausen
  • Musique  : Alexandre Desplat
  • Distribution : 20th Century Fox
  • Durée : 1h41

 

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