Game Night de John Francis Daley et Jonathan Goldstein : critique

Publié par Sévan Lesaffre le 16 avril 2018

Synopsis : Pour pimenter leur vie de couple, Max et Annie animent un jeu de rôles une nuit par semaine. Ils comptent sur Brooks, le frère charismatique de Max, pour organiser une soirée à thème autour du polar, avec vrais faux malfrats et agents fédéraux ! Brooks a même prévu de se faire enlever…. mais il reste introuvable. En tentant de résoudre l’énigme, nos joueurs invétérés commencent à comprendre qu’ils se sont peut-être trompés sur toute la ligne. De fausse piste en rebondissement, ils n’ont plus aucun point de repère et ne savent plus s’il s’agit encore d’un jeu… ou pas. Cette nuit risque bien d’être la plus délirante – et la plus dangereuse – de toute leur carrière de joueurs…

 

♥♥♥♥♥

 

Game Night - affiche

Game Night – affiche

Trois ans après leur premier long métrage Vacation, les scénaristes John Francis Daley et Jonathan Goldstein (Comment tuer son boss 1 et 2, Spider-Man Homecoming) réalisent pour la Warner l’insolite Game Night, comédie déguisée en un film d’action spectaculaire. Centré sur l’histoire d’une soirée de jeux délirante dont la mise en scène fictive va se confondre avec une réalité imprévue, ce film-concept haletant embarque le spectateur tel un pion, promené d’événement en événement et de case en case. Chacune d’entre elles représente une nouvelle séquence, une avancée dans l’intrigue dont l’objectif est de permettre la dissociation entre la réalité et la fiction, l’un des principaux thèmes. Ce farfelu jeu de piste se déploie sur le mode du thriller évoquant au passage After Hours de Scorsese ou encore La Mort aux trousses d’Hitchcock auxquels on aurait ici ajouté les règles du Cluedo ou du Monopoly. En effet, dans Game Night, le principe même du scénario et de la mise en scène repose sur les outils et le fonctionnement du jeu de société. Dès le générique, le spectateur comme rapetissé, fait face à un plateau géant, puis est guidé à travers une banlieue miniaturisée, évoquant la maquette. Le décor prend la forme d’un plateau de jeu et l’entraîne alors dans un univers de faux-semblants qui trouble les perceptions et oblige à tout reconsidérer. Ce dernier, mené en bateau par les réalisateurs, se laisse volontiers « prendre au jeu » et comprend qu’il ne faut pas prendre au premier degré tout ce que racontent les acteurs de ce puzzle halluciné au rythme effréné.

 

Game Night

Game Night

 

L’excellent Jason Bateman (Comment tuer son boss 2, Zootopie) et l’éclatante Rachel McAdams (Spotlight, Every Thing Will Be Fine) incarnent ce couple sympathique et délicieusement décalé pour lequel la vie est synonyme de compétition. Le boulot, le quotidien et surtout les loisirs passent par le lancer de dés, les cartes ou les pions ainsi qu’une irrépressible envie de gagner. Kyle Chandler, quant à lui, interprète Brooks, frère vantard et envahissant, trafiquant de drogues à l’insu de sa famille. Si l’ensemble des protagonistes (principaux comme secondaires) est assez stéréotypé voire traité en surface —pour accentuer l’humour—, le personnage féminin demeure le plus fouillé. Annie s’impose comme étant à la fois l’héroïne et l’adjuvante du film. Ses actions et initiatives relancent le récit et permettent l’enchaînement logique des séquences. Le tout est rythmé par la puissante et mystérieuse musique composée par Cliff Martinez (The Neon Demon, Spring Breakers) tandis que la frontière entre jeu, réalité et monde virtuel s’amincit. Combinées à la mise en scène automatique et à la transparence du montage, les répliques, quant à elles, deviennent parfois redondantes, agaçantes et prévisibles.

 

Game Night

Game Night

 

Game Night est aussi un film d’action au rythme effréné (la partie tourne vite au cauchemar lorsque Brooks est enlevé par des ravisseurs), animé par le motif quasi permanent de la mise en abyme. En effet, le scénario efficace de Mark Perez comporte bien des switch et coups de théâtre. Le débit des péripéties ne faiblit jamais. De plus, les cinéphiles distingueront une multitude de clins d’oeil, du crâne de Madame Bates dans Psychose (1960) à l’évocation d’une scène culte de Pulp Fiction. La photographie de Barry Peterson manque parfois d’originalité mais répond à une certaine fonctionnalité de l’image. Ici, pas de surdécoupage frénétique à l’américaine. L’éclairage et les mouvements de caméra aériens, notamment un surprenant plan-séquence en caméra subjective traquant les personnages durant une course-poursuite, participent à l’instauration d’une atmosphère pesante, hommage évident au genre sombre du thriller. On retient de Game Night son casting branché. Cette nuit de folie est portée par l’interprétation ultra-comique de Bateman et MacAdams, couple parfaitement assorti accompagné des meilleurs acteurs de série du moment, comme Michael C. Hall (Dexter), Kyle Chandler (Bloodline) et Billy Magnassen (Black Mirror). Mais c’est Jesse Plemons (Breaking Bad), incarnant Gary, lugubre et étonnant voisin policier, qui tire véritablement son épingle du jeu. La forme ludique de l’ensemble séduit grâce à la touche d’humour apportée par Daley et Goldstein, faisant de Game Night une comédie d’action dynamique et réjouissante.

 

Sévan Lesaffre

 

 

 

  • GAME NIGHT
  • Sortie salles : 18 avril 2018
  • Réalisation : John Francis Daley, Jonathan Goldstein
  • Avec : Jason Bateman, Rachel McAdams, Kyle Chandler, Sharon Horgan, Billy Magnussen, Lamorne Morris, Kylie Bunbury, Jesse Plemons, Michael C. Hall…
  • Scénario : Mark Perez
  • Production : Jason Bateman, Jim Garavente, John Davis, John Fox
  • Photographie : Barry Peterson
  • Montage : Jamie Gross, Gregory Plotkin
  • Décors : Michael Corenblith
  • Costumes : Debra McGuire
  • Musique : Cliff Martinez
  • Distribution : Warner Bros.
  • Durée : 1h40

 

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