Cannes 2017/ Ava de Léa Mysius: critique

Publié par Antoine Gaudé le 19 mai 2017

Synopsis : Ava, 13 ans, est en vacances au bord de l’océan quand elle apprend qu’elle va perdre la vue plus vite que prévu. Sa mère décide de faire comme si de rien n’était pour passer le plus bel été de leur vie. Ava affronte le problème à sa manière. Elle vole un grand chien noir qui appartient à un jeune homme en fuite…

♥♥♥♥♥

 

Ava - affiche

Ava – affiche

Diplômée de la Fémis en 2014, Léa Mysius réalise, avec Ava, un premier long-métrage plein d’audace et porté par une jeune comédienne bouleversante. Le film, présenté à La Semaine de la Critique du 70e Festival de Cannes, fait à la fois preuve d’une véritable ambition narrative et visuelle dans la lignée d’un jeune cinéma français (La Loi de la jungle, Victoria, Grave, etc.), capable de s’épanouir dans le cinéma de genre. Au-delà de la richesse des thèmes (innocence, adolescence, amour de jeunesse, relation mère/fille, absence de la figure paternel…), le plus surprenant reste ce mélange des genres qu’effectue la cinéaste dépassant ainsi un certain naturalisme (le film de vacances) pour déployer un imaginaire foisonnant et romanesque à travers une ambiance sonore magique et électrique. Le film flirte par moments avec le fantastique, propageant quelques rêveries symboliques, voire surnaturelles, que l’on penserait presque tirées d’un Luis Buñuel. Mais aussi avec le genre du thriller, façon Arthur Penn (Bonnie and Clyde) à travers cette improbable scène de vols sur nudistes, et qui suit l’échappée belle de deux marginaux, Ava, une gamine de treize ans et, Juan, un ténébreux gitan à peine plus vieux. L’influence de Buñuel déborde ici largement le cadre de la symbolique, du travail sur les couleurs (le chien, les chevaux, le « gigolo ») ou sur les corps (fantasmés, sexués), c’est davantage au niveau du regard, de ce que l’on voit, mais également des yeux à l’image de ceux d’Ava (la magnétique Noée Abita), perçant et profond, que se situe la filiation, le dialogue avec le cinéaste mexicain. Bien que la perte de la vue d’Ava, lente et progressive, reste sous-exploitée et n’amène, par exemple, aucun traitement du son particulier dans son rapport au réel, l’exploration de l’univers sensoriel, avec ces sons dissonants et ces images-chocs, reste pour le moins exaltant. L’atmosphère de liberté et de fuite en avant, propre au road-movie (on pense d’ailleurs à American Honey d’Andrea Arnold avec cette façon anthropologique de filmer une communauté à part entière), construite autour d’un « trio » d’amants atypiques (Ava, Juan et la jeune gitane), aux relations forcément douloureuses, mais terriblement vivantes, suscite une énergie, une irrévérence et une spontanéité folles. Il y a de toute manière une sensibilité d’écriture, un amour pour ces personnages (de la mère à son « gigolo » en passant par le fils du moniteur de chars à voile) qui donne à son cinéma une humanité incandescente et brute.

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  • Note de la rédaction cannoise 
  • Nathalie Dassa : ♥♥♥♥♥

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  • AVA écrit et réalisé par Léa Mysius en salles le 21 juin 2017
  • Avec : Noée Abita, Laure Calamy, Juan Cano, Tamara Cano…
  • Production : Jean Louis Livi, Fanny Yvonnet
  • Photographie : Paul Guilhaume
  • Montage : Pierre Descamps
  • Décors : Esther Mysius
  • Musique : Florencia Di Concilio
  • Distribution : Bac Films
  • Durée : 1h45

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