Oppenheimer : Les enjeux du prochain film de Christopher Nolan

Publié par CineChronicle le 20 novembre 2021
Christopher Nolan

Christopher Nolan

La pandémie, qui a stoppé le monde sur près de deux ans, a également provoqué le divorce entre Christopher Nolan et son studio de toujours, Warner Bros. Universal a investi pour récupérer un film comme il n’en existera peut-être plus à l’avenir.

 

 

 

Cillian Murphy-Robert Oppenheimer

Cillian Murphy-Robert Oppenheimer

Avec son budget de 100 millions de dollars, Oppenheimer n’est pas un ovni dans le paysage hollywoodien d’un point de vue financier. Il n’en reste pas moins rare de nos jours sur le fond. Car il n’est associé à aucun roman internationalement connu, ni à aucun comic book rentré dans la culture populaire ou une marque de jouets adorée par les enfants.

 

Les studios comptent sur une garantie forte pour s’assurer un public déjà acquis. C’est pourquoi, la plupart des longs-métrages produits sont « inspirés de » et appellent à des revenus au-delà du box-office.

 

Universal prend donc un risque en se reposant sur le nom de Christopher Nolan pour attirer une foule de spectateurs devant un film « original », même si son sujet est lié à l’Histoire. De ce fait, et comme habituellement, le budget de 100 millions ne le restera pas bien longtemps. Le double est attendu dans le but de fournir une promotion suffisante afin que personne n’ignore sa sortie en 2023. À cela, le chèque du réalisateur s’ajoute à la balance. Selon les estimations de professionnels du secteur, Oppenheimer devra justifier 400 millions de dollars de recettes pour être rentable.

 

Mais impossible n’est pas Nolan. À titre de comparaison, son fer de lance et blockbuster d’auteur Inception a engendré 836 millions, Interstellar, 701 millions, Dunkerque, 526 millions. Quant à Tenet, en pleine pandémie, le sauveur des grandes salles s’en est tiré avec 363 millions. Il n’en faut pas davantage pour convaincre les investisseurs de sa fiabilité au box-office.

 

Cependant, des inquiétudes s’élèvent concernant l’histoire de l’inventeur de la bombe atomique. Contrairement au casse-tête cérébral que les fans guettent et auquel ils sont habitués, Oppenheimer promet une « simple » réflexion sur l’homme. C’est déjà oublié Dunkerque, récit sur des soldats britanniques piégés sur une plage dans le nord de la France et de tous les efforts pour les rapatrier. Un film de guerre où le cinéaste a su insuffler ses caractéristiques en jouant sur le traitement du temps avec un montage de la narration semblable à Memento.

 

C’est toute l’analyse intéressante de Variety sur ce sujet qui pourrait jouer en défaveur d’Oppenheimer. Un sujet « typiquement américain » qui restreindrait l’intérêt global alors qu’il s’agit justement de la force de Nolan : cette capacité à générer un succès mondial. Encore une fois, cela tend vers un certain ethnocentrisme qui oublie que l’invention de la bombe atomique a eu des conséquences sur toutes les consciences et changé la face du monde. Au-delà de ce point de vue, les États-Unis ont toujours fasciné et influencé. 

 

C’est le modèle économique des cinémas qui sera donc encore une fois déterminant. Comme le redoute le producteur Peter Newman, nul ne sait de quelle manière évoluera la situation pandémique lors de la sortie d’Oppenheimer exclusivement en salle en 2023. Universal devra mettre les petits plats dans les grands afin de persuader le public de se déplacer pour un homme, et non pour un super-héros. Le casting aidera sans aucun doute. Cillian Murphy, Emily Blunt, Matt Damon, Robert Downey Jr., etc. Quantité de noms familiers qui sauront parler aux spectateurs.

 

Un enjeu se cache sous la réussite, ou non, d’Oppenheimer. Les studios américains commencent à comprendre qu’il ne peut pas y avoir que du Marvel, des James Bond ou des Fast & Furious à l’affiche. Placer ses jetons sur des cinéastes à la vision singulière, dans l’intention de se démarquer, redeviendrait dès lors la poule aux œufs d’or. Car faire ses preuves au box-office reste une condition sine qua non de façon à accéder ou à garder une liberté créative que les producteurs sont prudents d’accorder par peur de l’imprévisibilité des spectateurs.

 

Ce n’est donc pas étonnant de constater le ralliement de plus en plus de réalisateurs au système des plateformes de streaming. Indépendantes des recettes du box-office, elles peuvent s’appuyer sur un « revenu fixe » grâce aux abonnements. L’échec d’une production est compensé par la diversité de leur catalogue, les rendant moins sensible à un flop. David Fincher (Mank), Alfonso Cuarón (Roma), Martin Scorsese (The Irishman), les frères Coen (La Ballade de Buster Scruggs)… Tous ont créé de précieux objets pour Netflix que nous n’aurions jamais eu la chance d’admirer s’ils étaient passés par un studio classique. Dernièrement, c’est Rian Johnson (Star Wars : Les Derniers Jedi) qui s’est laissé séduire par un chèque de 450 millions de dollars afin de poursuivre À couteaux tirés avec Daniel Craig en enquêteur du Kentucky. 

 

Oppenheimer devrait encore montrer que des grands cinéastes peuvent susciter autant de passions que des histoires connues antérieurement. Après tout, cela est déjà le cas avec les émergents Jordan Peele (Get Out, Us) ou Ari Aster (Hérédité, Midsommar) qui ont réussi à séduire les foules avec des réalisations presque de niche. Leur amour du cinéma suffirait potentiellement à compenser la faiblesse des budgets qui leur sont alloués en attendant d’accéder à une communauté aussi loyale que celle de Nolan. Une qui se déplacera forcément pour assister à sa nouvelle maîtrise de l’art cinématographique en 2023.

 

Emilie Bollache

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Source: CBO Box office

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